Adidas rapatrie sa production dans une usine entièrement automatisée

Vingt ans après avoir produit sa dernière paire de chaussures en Allemagne, Adidas rapatrie une partie de sa production dans son usine SpeedFactory, entièrement automatisée. La marque aux trois bandes a décidé de relocaliser sa production de chaussures dans son pays !

Aprés des décennies de production dans les pays émergents, notamment en Chine, puis dans divers pays d’Asie du Sud-est, le fabricant de chaussures allemand Adidas signe un retour au pays très remarqué. Car non, il ne s’agit pas de reformer les ouvriers allemands à l’art du textile mais plutôt de programmer des machines pour le faire. Si l’idée a fréquemment été décriée par les grands médias, dénonçant un simple effet d’annonce, il faut toutefois reconnaître que cette décision apporte plusieurs grands bénéfices.

De manière générale, à travers cette décision, la marque allemande fait preuve d’une audace qui va contribuer à populariser l’idée qu’une relocalisation est non seulement possible, mais qu’elle est surtout rentable et même bénéfique à tous les niveaux. Même s’il ne s’agit que d’une seule usine, le fabricant jette les premières fondations d’un mouvement de relocalisation industrielle, devenue indispensable à la relance économique de l’Europe et en particulier de la France. Ce n’est pas pour rien que l’Allemagne est le seul état membre à avoir une santé économique correcte, il est le seul à avoir conservé une partie de son industrie, notamment automobile.

Bénéfices de la relocalisation

En rapatriant une partie de sa production, Adidas va tout simplement réduire les coûts de transport de millions de produits livrés en Europe chaque année, en même temps que la pollution qui s’échappe de ces lointains échanges. Car si les pays européens peuvent se targuer d’avoir su réduire leurs taux d’émissions de CO2, c’est en grande partie lié à une pratique de « délocalisation carbone » comme les experts du climat aiment à la décrire. En délocalisant les industries les plus polluantes, de nombreux pays sont parvenus à rentrer dans les objectifs fixés par l’U.E et le protocole de Kyoto. Car si le taux d’émission carbone national a diminué de 7% entre 1990 et 2007 selon le GIEC, le taux d’émission de carbone importé (les émissions réalisées à l’étranger mais dont les produits son vendus en France, comme les voitures) a pour sa part très largement augmenté, puisque les émissions des français ont finalement augmenté de 14% dans le même temps.

Couturières asiatiques dans une usine Adidas

De deux, c’est bien d’une petite victoire pour les défenseurs des droits de l’homme et des droits du travail dont il est question. Les pratiques parfois inhumaines qui sont pratiquées à l’autre bout du monde pourraient commencer à s’amenuiser. Des horaires insoutenables dans des conditions de travail difficiles, tel semblait le credo de la production délocalisée en Asie et révélée au grand jour lors de la catastrophe du Rana Plaza au Bangladesh qui avait causé la mort de plus de mille ouvriers textiles, à Dacca en 2013.

Création d’emplois. Enfin, en revenant au pays, l’équipementier va peut-être remplacer ses ouvriers asiatiques par des robots made in Germany, mais il va également créer des postes. Car pour gérer des centaines de machines, il est indispensable de former et d’embaucher des ingénieurs et des techniciens de maintenance. D’après le communiqué officiel, cette usine devrait en effet employer jusqu’à 160 personnes.

Un argument avant tout économique

Néanmoins, cette tendance à la relocalisation ne doit pas cacher un argument beaucoup plus économique : la main d’oeuvre asiatique est de plus en plus chère. Comme le relevait Europe 1 lors de l’annonce de la création de l’usine automatisée, le salaire moyen d’un ouvrier chinois a augmenté de 12% en 2012, puis de 10% les deux années qui ont suivi. Une hausse des salaires visiblement difficile à assumer pour les grands groupes qui délaissent l’Empire du Milieu les uns après les autres. Certains le font pour se tourner vers des marchés du travail encore moins chers, quand d’autres, comme Adidas, décident tout bonnement de rapatrier la production au pays à l’aide de robots. D’autant plus que des grèves avaient surpris les usines de production Nike et Adidas en 2014. Car l’ouvrier chinois commence à lorgner des hausses de salaires, mais également de meilleures conditions de travail.

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Dans l’usine de 430 m² SpeedFactory, basée à Ansbach, le fabricant espère produire une paire de chaussures en 5 heures, contre plusieurs semaines en Asie. Le but étant, comme nous l’avons dit, d’exercer ses activités de production avec une pollution amoindrie, des coûts de fabrication et de transport moins élevés, ainsi qu’une production tout simplement plus rapide, pour permettre d’adopter une stratégie « fast-fashion ». Une stratégie commerciale émergente qui consiste à casser le rythme des collections été-hiver. L’automatisation de la chaîne de production s’est faite en collaboration avec la société allemande Oechsler AG. Les 500 premières paires sont attendues très prochainement.

Le fabricant espère multiplier les usines 4.0 sur le modèle de la Speedfactory en s’installant aux Etats-Unis, en France et en Grande-Bretagne. Car s’il compte produire les 330 millions de paires qu’il espère atteindre d’ici 2020 avec des machines, Adidas va bien devoir créer de nouvelles usines. Le Chef de la Technologie d’Adidas, Hainer, estime même qu’il serait possible de rapatrier la production des t-shirts de l’équipe nationale de football. Ce qui ne serait pas du luxe…


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  1. Alexandre

    La robotisation des emplois dans le monde va être un massacre pour les salariés, la question c'est comment on va gérer tous ces personnes sans emploi dû à la robolution.

    Chaque révolution a ses avantages et inconvénients.

  2. Anticipation

    N'achetez plus adidas !