Adopter un robot de compagnie : c’est pour quand ?

robot-compagnon

Nous y sommes. Je le sens, nous y sommes! Les robots de compagnie débarquent en masse. En 2020, un américain sur 10 aura un robot chez lui. Une question demeure : qu’attendons-nous idéalement d’un robot de compagnie ?

Qu’est-ce qu’un robot de compagnie ?

Depuis l’Aibo, aucun robot de compagnie n’a été commercialisé à un coût raisonnable (2000-3000 euros maximum). Néanmoins, les choses bougent. Les années 2016 et 2017 devraient se révéler propices à l’arrivée de robots de compagnie.

Aujourd’hui, je vous présente mes attentes en terme de ‘robot de compagnie idéal’. Nous sommes là dans la prospective et je suis bien conscient que ces éléments ne seront pas intégrés dans les premiers robots de compagnie.

AIBO robot chien sony

De manière générale, le quidam a certaines attentes face à l’apparition du robot de compagnie: un design tendance,  des fonctionnalités dans tous les sens, une intelligence artificielle qui se développe à foison.

De mon coté, j’attends autre chose d’un robot de compagnie. Qui dit robot de compagnie, dit… compagnon. Que nous renseigne Wikipédia quant au sens de ce mot ? Du bas latin *companionem, accusatif de *companio, composé de com– et panis (« pain »), signifiant « celui avec qui l’on partage le pain ». Bon, avouons-le, cela ne va pas être évident, évident…

Le dictionnaire, lui, évoque « celui qui partage les occupations, les aventures, le sort d’une autre personne ». C’est déjà plus intéressant. Un robot de compagnie, c’est un robot qui va vivre des choses avec moi. Nous allons avoir des expériences, des moments partagés. Nous construirons des souvenirs ensemble.

Un robot aspirateur, un robot programmable ne peut pas m’apporter ce type de communion. Il est nécessaire que le robot y soit nettement plus ‘en phase’ avec son propriétaire. Ainsi, les tâches qu’il réalisera, seront des tâches directement en interaction avec l’humain telles que: l’assistance, le divertissement ou l’éducation.

La personnalité du robot

Avant même de parler de personnalité, il est important de se rappeler que seule 7% de la communication est verbale, c’est-à-dire basée sur le sens des mots. 55% de la communication est visuelle : expression du visage, du corps, etc. 38% de la communication  est vocable, c’est-à-dire tributaire du rythme, du timbre, du volume, etc.

En d’autres termes, pour communiquer avec un humain, il est indispensable que le robot s’exprime en utilisant ces 3 canaux. Un GPS indiquant la route avec une voix neutre n’attire pas la sympathie de son utilisateur. Ce sont des aspects aujourd’hui connus dont le développement des robots tient de plus en plus en compte.

L’expression selon ces 3 canaux

  • Le visuel. Le look du robot se doit d’être sympathique et d’exprimer des émotions, que ce soit à l’aide d’un écran ou de lumière en général. La gestuelle doit, elle aussi, être plaisante. Cynthia Breazeal – experte de la robotique sociale – explique : « Lorsque nous regardons un robot bouger et ses expressions, c’est plutôt un être qu’une chose que nous voyons. Ses mouvements vont être perçus comme des buts ou des intentions exactement comme nous interprétons pour un être humain. » Ainsi, lorsqu’un robot tourne la tête calmement, en réponse à vos caresses, il communique, c’est un échange.
  • L’expression de sentiments, d’émotions. Attention, je dis bien expression d’émotions, soyons bien d’accord, le robot ne les ressent pas, il les met en scène. Ce type d’expression rejoint le principe des smileys appliqués aux sms. Il permet d’accentuer et d’orienter l’interprétation des phrases. Nous savons bien qu’une phrase envoyée par sms peut très vite être mal interprété en terme d’intentions. Un smiley permettra de souligner l’ironie ou au contraire le compliment, par exemple.
  • La communication vocale. A l’heure actuelle, je n’ai pas encore trouvé de robots capables d’utiliser avec efficacité (et complète autonomie) la communication vocale. Si vous avez des articles ou des exemples permettant de remettre en question mon assertion, sachez-le, je suis preneur! Il nous est nécessaire aujourd’hui de faire preuve de beaucoup d’attentions lorsque nous sommes en communication avec un robot.  Nous sommes particulièrement attentifs à ses mouvements et ses expressions afin justement d’essayer de capter ses intentions, son mode ‘non verbal’. Seul un développement notable de cet aspect ‘communication vocale’ nous permettrait d’être dans une communication moins concentrée et dès lors, plus ‘naturelle’, avec le robot.

Les robots de compagnie exprimeront progressivement des personnalités. C’est un point essentiel au développement du robot compagnon que Cynthia Breazeal a expliqué en détails lors de sa venue à InnoRobo. Diverses études renforcent ses dires.

Suivant les tâches assignées aux robots, les humains attendent un comportement précis :

  • Dans le cas des robots aspirateurs, Bernt Meerbeek, chercheur chez Philips, a montré que les propriétaires attendent qu’ils soient « routiniers, calmes, polis et coopératifs ».
  • Dans le cas des voitures autonomes, les utilisateurs attendent que celles-ci soient plutôt agressives, en particulier pour ne pas céder le passage aux autres véhicules. Ils souhaiteraient aussi que ces véhicules soient capables de dépasser les limitations de vitesse pour s’adapter au flux du trafic.

De la même manière, dans le cas d’un robot compagnon, son propriétaire préférera une personnalité en adéquation avec sa propre personnalité. Ainsi, une personne introvertie appréciera davantage un robot compréhensif et positif. Une personne extravertie recherchera, quant à elle, un robot plus directif et ferme.

robot compagnon BUDDY

L’apprentissage uniforme

Avec le développement du deep-learning, nous entendons beaucoup l’idée que le robot possédera une connaissance « universelle » qu’il partagera avec les autres robots. Dès qu’un robot apprend quelque chose, il le partage immédiatement avec les autres.

Cela soulève pour moi un problème. En effet, je ne désire pas, pour ma part, posséder un robot qui fasse exactement à l’identique ce que fait le robot du voisin ou le robot du modèle X23PWRF258 se trouvant en Australie. Pourquoi ? Parce que, dans la notion de compagnon, il y a pour moi, la notion de « communion ». Mon robot tient compte de moi, de ce que j’ai de particulier et dès lors de ce que notre communion a de propre et de différent de celle du voisin et du modèle australien.

Je vais vous donner un exemple concret afin de mieux vous faire comprendre. Je ne veux pas que mon robot cuisine l’omelette d’une façon quelconque. Je veux qu’il la cuisine de la façon que j’aime, c’est-à-dire baveuse et bien poivrée. Mon voisin la préfère bien cuite,et fort salée et son robot la lui cuisine de cette manière. Il en est de même pour l’humour. L’humour n’est pas universel. Tout le monde n’a pas envie d’entendre les blagues de Bigard ou de Coluche et nombreuses sont les personnes qui ne sont pas adeptes de l’humour anglais.

Ma personnalité => je veux un robot unique

J’ai donc envie d’un robot qui s’adapte à moi et me comprend. Finalement, c’est bien cela un compagnon : quelqu’un qui vous comprend et vous accepte tel que vous êtes. Je partagerai des moments de vie avec lui et nous évoluerons ensemble. Peut-être aimerai-je un plat ou un film qui ne me plaisait pas il y a 10 ans et me lasserai-je d’une BD que j’adorais.

Ce robot doit me connaître et m’apporter en tant que tel. Par exemple, il sait que je suis fan de Star Wars et il pourra m’informer lorsqu’il a des informations intéressantes pour moi. Je dis bien ‘intéressante pour moi’, cela signifie qu’il ne me fournira pas toutes les informations de Star Wars, mon robot compagnon sera capable de discriminer les informations, de trier et de m’apporter celles qui ont un sens pour moi. Une chose est sure, il ne me parlera jamais de la Reine des neiges :).

Robot compagnon MILO

Mon robot de compagnie doit donc faire preuve de plasticité. Il sera capable de s’adapter au contexte d’utilisation en restant utilisable et motivant. Pour cela, il devra avant tout me comprendre et comprendre mes attentes. Il pourra être pro-actif. Selon le nombre d’années où on se projette, on pourra bien sûr avoir des attentes plus ou moins élevées sur les aspects décrits, mais aussi sur les fonctionnalités.

Jérôme Damelincourt (@j_damelincourt)
Fondateur de VieArtificielle.com et Robopolis.com, ingénieur UTC, il s’intéresse aux robots autonomes par le prisme des sciences cognitives (les différentes « intelligences » présentes dans le robot), l’apprentissage, les comportements émergents).


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  1. Anne MORELLE

    Pourquoi craindre un robot connecté à d'autres, dans la mesure où, plus il en saura, plus il sera en mesure de multiplier ses stratégies d'adaptation en fonction de vos attentes. Nous-mêmes, ne devenons-nous pas plus ouverts et compréhensifs vis-à-vis de nos amis en éguisant notre curiosité et en élargissant notre champ de connaissance. Reprenons l'exemple de l'omelette: si votre robot-compagnon devait être connecté, n'apprendrait-il pas d'abord et avant tout que les goûts des humains varient et qu'il doit s'informer de vos goûts particuliers en la matière, avant de vous la préparer?

    N'Est-ce pas la qualité des logiciels et la façon dont pourra se développer l'intelligence artificielle qu'il s'agit de contrôler? Le vrai problème ne réside-t-il pas dans le fait que nous risquons de ne pas maîtriser suffisamment ces technologies dont nous dépendrons tous dans un proche avenir ?
    Il est vrai qu'un robot interactif, donc personnalisé et personnalisable dépend de la communication sans fil, ce qui permet en théorie à des gens détenant la technologie adoc d'en prendre le contrôle. Il est vrai qu'un pouvoir mal inspiré ou mal intentionné pourrait dès lors tenir les gens sous influence à travers la robotique. Mais l'art de manipuler, de mentir et de détruire a-t-il attendu l'ère de la robotique pour s'épanouir sous toutes les latitudes ?

    Bien à vous