Au Japon, une IA passe la première étape d’un concours littéraire

Tremblez écrivains. La machine pourrait bien être amenée à vous dépasser avec cette nouvelle performance -toute proportion gardée- d’une IA écrivaine, programmée par l’équipe du professeur Hitoshi Matsubara de la Future University d’Hakodate et qui a franchi la première des quatre étapes d’un concours de littérature.

« Les grands écrivains n’ont jamais été faits pour subir la loi des grammairiens, mais pour imposer la leur » disait Paul Claudel. C’est là toute la difficulté de l’écriture et de la traduction informatisée. La sémantique est un des premiers domaines de la recherche informatique, mais dont on parle relativement peu. On a tous en tête les vibrants échecs des traducteurs automatiques, qui, malgré des progrès notables, ne parviennent toujours pas à satisfaire nos attentes.

L’Art semble être le dernier refuge de l’Homme. Un refuge dans lequel les algorithmes, aussi puissants soient-ils, ne parviendraient pas à pénétrer. L’ultime frontière de l’intelligence artificielle. La machine tutoie de très près la frontière entre imitation et création sans être parvenue à la franchir. Mais les frontières ne sont-elles pas faites pour être repoussées ? C’est en tout cas ce à quoi s’est attelée une équipe de chercheurs de la Future University Hakodate au Japon.

« Je frissonnais de joie, une sensation que je ressentis pour la toute première fois, et continuais d’écrire frénétiquement. Le jour où une machine écrivit un livre. L’ordinateur, privilégiant la poursuite de son propre bonheur, arrêta de travailler pour le compte des humains ». Passage tiré du roman The Day a Computer Writes a Novel.

L’IA mise au point par les chercheurs japonais a écrit de toute pièces un roman intitulé The Day a computer writes a novel. Après que les scientifiques aient entré des phrases, des mots et tout un tas de paramètres (comme l’intrigue ou la création des personnages), l’IA a rendu sa copie. Fort bien structuré, avec une narration bien ficelée, ce roman a été soumis au jury du Prix littéraire Hoshi Sinichi. Au total, sur les quelques 1450 romans soumis, 10 ont été co-écrits par des programmes informatiques. Le livre de l’IA de Satoshi Mastubra a passé la première phase de sélection avec succès.

Satoshi Hase, un écrivain de science-fiction a fait part de son étonnement lors d’une conférence de presse : »J’ai été très surpris par ce travail. Il était très bien structuré, mais quelques problèmes comme la description des personnages l’ont empêché de remporter le prix« .

Il faut toutefois relativiser cette performance. Les dix IA qui ont participé au concours ont chacune soumis quatre romans, et seul un roman a franchi la première des quatre étapes, sans aller plus loin. La difficulté principale, comme toujours, c’est celle de l’humanité et de la créativité de la machine. Si elle réussit à trier les informations qu’on lui a injectées (ce qui représente 80% du travail d’après les propres aveux de l’un de ses créateurs), celle-ci arrive difficilement à créer un univers nouveau et qui tienne la route.

Mais Mastubara n’en démord pas et ira jusqu’au bout : »Jusqu’à maintenant, les IA ont été utilisées pour résoudre des problèmes qui avaient des réponses, comme le Go ou le shogi. J’aimerais pouvoir étendre le potentiel de l’intelligence artificielle pour qu’il rivalise avec la créativité humaine« .

Pour le moment, les ordinateurs devront se contenter de faire parler leurs talents d’auteurs dans les rubriques Sport et résultats d’élections d’Associated Press. C’est déjà mieux que le limier électronique brûleur de livre de Fahrenheit 451…


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