Chirurgien et artiste, l’homme qui sculpte le corps avec une imprimante 3D

Chirurgien le jour et sculpteur la nuit, découvrez le portrait surprenant du Dr. Duong Le Thaï. Marlène Moreira est partie à la découverte de cet artiste atypique, qui a sauté le pas et utilise des imprimantes 3D pour ses créations.

Marlène Moreira : Parlez-nous de votre parcours, comment devient-on chirurgien – artiste ?
Duong Le Thaï : J’ai toujours été un artiste dans l’âme et je suis passionné par le corps humain et son anatomie. Depuis l’enfance je dessine, je peins, je sculpte. Quand j’étais au lycée j’ai commencé les Beaux Arts de Versailles, puis la pression familiale m’a poussé à me tourner vers la médecine. Mais au fond de moi j’étais et je reste un manuel. J’ai donc choisi la chirurgie orthopédique. Je me sens proche de cette pratique car il y a un côté « artisanal ».

Il y a une vraie synergie entre la chirurgie et la sculpture. Il faut par exemple apprendre à réfléchir en 3 dimensions. On utilise aussi les mêmes outils : scies, pinces, etc. Pour moi c’est donc un tout assez cohérent. Quand j’opère le matin et que je fais de la sculpture le soir, il y a comme une évidence.

MM : Pourquoi ce choix de travailler avec des imprimantes 3D ?
DLT : Je souhaitais concevoir des oeuvres inaccessibles à la sculpture traditionnelle, créer quelque chose de différent et de plus complexe. Ces dernières années la chirurgie a beaucoup évoluéet aujourd’hui près de 80% des opérations sont réalisées via un écran. C’est une évolution naturelle. Et c’est donc tout naturellement que je me suis orienté vers le dessin informatique et que j’ai appris à dessiner sur tablette graphique. J’ai découvert l’informatique, les logiciels de 3D et petit à petit je me suis tourné vers la sculpture numérique. J’ai tout appris en autodidacte. Il m’a fallu des années pour maîtriser toutes ces nouvelles techniques.

MM : Expliquez-nous votre méthode.
DLT : Longtemps j’ai eu besoin d’un support papier pour réfléchir et construire mes oeuvres. Mais aujourd’hui je suis plus à l’aise et je crée directement les différents plans de la structure sur ordinateur. Puis à partir de ces plans je dessine en 3D à l’aide de logiciels spécialisés qui me permettent de la finaliser avant de la fabriquer.

Les modèles que j’utilise sont trop complexes pour que je les imprime moi-même sur une imprimante 3D. Alors je travaille avec une entreprise à Marcoussis (91) qui fabrique les modèles pour moi. Elle imprime les différentes pièces et je les ré-assemble ensuite.

MM : Combien de temps demande la création d’une nouvelle sculpture ?
DLT : C’est un travail assez long, j’ai failli abandonner dès la première année. Mes premiers modèles sur ordinateur se révélaient trop complexes et impossibles à reproduire dans la réalité. Mais aujourd’hui j’arrive à être sûr que je pourrai sortir un modèle. Et les contraintes des machines vont aller en s’amenuisant, ce qui me permettra d’aller toujours plus loin.

En général, il me faut donc plusieurs mois entre les premiers dessins sur ordinateur et le dernier assemblage des pièces imprimées. Mais je vais de plus en plus vite, puisque je peux réutiliser des plans anciens dans des sculptures nouvelles.

MM : Qu’est-ce que la technologie peut apporter à l’art ?
DLT : Je pense que c’est simplement une autre voie, qui ne remplace évidemment pas le côté artisanal de l’art. Ce que je fais n’est pas possible à réaliser de façon classique. Je dessine des détails à l’intérieur-même de la sculpture. Dans la robe en dentelle par exemple, j’ai pu intégrer un arbre, ce qui aurait été impossible à réaliser avec des outils classiques.

Derrière chaque œuvre, même réalisée avec des moyens plus modernes, il y a un homme et sa sensibilité artistique. L’impression 3D me permet de me débarasser de certaines contraintes techniques. Je peux toucher à la création pure. Comme un architecte qui créérait un bâtiment sans se préoccuper des contraintes techniques, des matériaux, des lois de la gravité, etc.

MM : Où peut-on voir vos oeuvres ?
DLT : J’expose en ce moment à Lyon dans la Gallerie 22. Et j’ai des projets très challengeants à venir, je dois par exemple soumettre trois œuvres géantes pour l’Exposition Universelle de 2020 à Dubaï.

 

Marlène Moreira (@mrlnmoreira)
Ex-Aldebaran et passionnée d’innovation et de robotique.


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