Un robot contrôlé à 400 km de la Terre depuis la station spatiale internationale

Contrôler un robot depuis la station spatiale internationale

Des experts européens de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) ont réussi un tour de force cette semaine en faisant contrôler un robot par un astronaute alors à bord de la station spatiale internationale (ISS). L’astronaute danois Andreas Mogensen a réussi, alors qu’il orbitait à quelques 400 kilomètres de la surface de la terre, à contrôler le rover Interact Centaur pour une opération d’une précision incroyable.

Le robot utilisé pour le test est le rover Interact Centaur, un rover équipé de bras mécaniques conçus pour des tâches délicates et de haute précision. Le robot, qui coûte moins de 200 000 € possède également une caméra placée sur sa tête pour fournir un flux vidéo direct à l’opérateur. De plus, le robot est équipé d’une technologie de retour d’effort qui permet à l’opérateur de sentir sur le joystick ce que le robot touche lors de la manipulation. Le test consistait à faire rentrer une tige métallique dans un trou étroit qui lui laissait une marge de manœuvre de moins d’un sixième de millimètre. Et, lors du premier essai, alors que la tige n’était pas alignée avec le trou, Andreas Morgensen l’a sentie taper contre les bords du trou à travers le joystick de contrôle.

Le site du test d'Interact Centaur

La première tentative a duré 45 minutes, tandis que la deuxième, elle, n’en a duré que 10. Le défi principal du test était le décalage entre l’envoi du signal et l’action entreprise par le robot. Les signaux envoyés par l’astronaute ont traversé environ 90 000 kilomètres, depuis l’ISS jusqu’à Houston, au Texas, jusqu’au centre de recherche et technologie de l’ESA à Noordwijk aux Pays-Bas, puis dans le sens inverse. Le trajet des données a créé un délai de 850 millisecondes entre l’action de l’astronaute et celle du robot.

Selon Andre Schiele, le directeur du Laboratoire de télérobotique et d’haptique, cette technologie va permettre aux personnes de « projeter une présence quasi-humaine dans les robots pour effectuer des missions sur la surface » des planètes. Ce genre de technologies permettrait, par exemple, de construire, à la surface des planètes à coloniser, des plateformes de lancement pour pouvoir rapatrier les spationautes envoyés. Le projet, qui aura duré 18 mois, était une collaboration entre l’ESA et des étudiants de l’université de technologie de Delft, aux Pays-Bas.

Andreas Morgensen dans la station spatiale

Le projet a toutefois aussi des applications terriennes puisque le retour haptique peut être utilisé, selon Andre Schiele, « partout où vous ne voulez concrètement pas envoyer d’humains. » Selon le professeur Frans von der Helm, du département d’ingénierie mécanique de l’université de Delft, ce robot pourrait être utilisé dans le cadre du projet de fusion nucléaire en France. Au sein du réacteur thermonucléaire expérimental international, s’il vient à être construit, « la chaleur atteindra le million de degrés environ » ce qui implique que la plupart des matériaux commencent à se déformer, rendant l’accomplissement par un robot d’une tâche pré-programmée extrêmement difficile. Un système de téléprésence permettrait à un humain d’avancer au jugé et de résoudre le problème.

Quoiqu’il en soit, pour Doga Emirdag, un étudiant de 27 ans qui a aidé à construire Interact Centaur dans le cadre de son master, cette démonstration était un grand jour. Comme il le dit, « le robot tel quel n’ira pas dans l’espace. Mais la technologie développée, elle, si. »

Centaur Interact en approche de la table

Début de la manœuvre pour Andreas Morgensen

La manœuvre vue de près


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