Campagne Kickstarter pour le premier drone autonome démineur

L’inventeur afghan Massoud Hassani lance une campagne de financement Kickstarter pour lancer Mine Kafon Drone, premier système aérien autonome de déminage.

Le fléau des mines anti-personnel

Deux guerres mondiales et une guerre des Balkans plus tard, le fléau des mines anti-personnel s’étend non seulement à travers les régions mais aussi à travers les âges. Déjà en 1998, l’ex première ministre alors commissaire européenne Edith Cresson avertissait contre les dangers des champs de mines. L’année suivante, le Traité d’Interdiction des Mines, ratifié par 71 pays, entrait en vigueur. Aujourd’hui le traité a été signé par 162 pays. Et pourtant ces engins de destructions continuent de sévir. Notamment dans les pays les plus instables et en proie à des guerres de longue durée, au premier rang desquels, l’Érythrée, l’Ethiopie, l’Irak, Israël, le Soudan ou bien encore la Birmanie, selon les chiffres rassemblés par Handicap International.

En 2013, ce sont 3300 personnes qui meurent sous les détonations d’une mine anti-personnel, contre plus de 8000 au début des années 2000, et une vingtaine de milliers avant la ratification selon les chiffres avancés par Edith Cresson. Si les mines comptaient 25 victimes quotidiennes en 1999, ce triste tableau de chasse se chiffre toujours à 9 personnes par jour, les enfants représentant la moitié des victimes dont l’âge a pu être déterminé.

En France, dans le cadre du Plan Déminage 2020, présenté par Bernard Cazeneuve début juin 2016, ce sont plus de 300 policiers (soit 36 de plus qu’en 2015) qui sont déployés pour neutraliser une cinquantaine d’engins explosifs sur la totalité du territoire français. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ce sont plus de 14 millions de mines qui ont été désactivées par les services de déminage français, pour 24 millions d’obus et autres engins explosifs.

mines antipersonnel le mond diplomatique

La technologie pour sauver des vies

C’est la campagne Kickstarter du moment, une pour la bonne cause. Tout est dans le nom : Mine Kafon Drone (MKD). Ce robot est un drone aérien de déminage imaginé et conçu par nul autre que l’afghan Massoud Hassani, à qui l’on doit déjà la Mine Kafon, cette fleur détonatrice d’explosifs qui avait fait sensation sur internet.

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A l’image du concept de boule de déminage proposée par Massoud Hassani, les solutions développées pour assumer ces tâches difficiles et risquées sont de plus en plus nombreuses et innovantes.

D’après lui, on peut trouver, encore aujourd’hui, une centaine de millions de mines dans près de 60 pays à travers le monde. Les techniques de déminage ne cessent de se moderniser. Néanmoins, elles peuvent très largement différer selon les pays. Nul doute qu’un pays comme les Etats-Unis, confronté aux attentats à la bombe pendant au moins une décennie d’occupation militaire en Afghanistan et en Irak, a su développer des méthodes efficaces et sûres. Mais qu’en est-il des pays les plus pauvres, le plus souvent en proie aux conflits armés ? Selon Massoud Hassani, il faudrait plus d’un millénaire pour déminer complètement la surface de la Terre avec nos techniques traditionnelles. Parmi ces techniques, figurent l’utilisation d’animaux, d’hommes démineurs, et des robots. Tous comportent pour le moment leur lot d’avantages et d’inconvénients. Pour les animaux et les hommes, il est clair que le danger et les coûts d’opération sont trop élevés. Concernant les robots, leurs modes de déplacement sont encore souvent trop défaillants, et il leur est parfois difficile de s’aventurer sur des terrains irréguliers, comme la jungle colombienne ou les montagnes afghanes. En outre, les robots restent une solution très coûteuse à mettre au point et à entretenir.

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Le déminage se fait en trois temps, le repérage géographique, la détection sous-terraine et la désactivation/explosion. A chacune de ces étapes correspondent des techniques. Il est donc possible d’améliorer le processus sur ces trois points en utilisant les nouvelles technologies.

Et c’est à chacune de ces étapes que répond la toute nouvelle invention de Massoud Hassani, baptisée Mine Kafon Drone. A l’éphémérité de la Mine Kafon, le drone répond par la durabilité. En effet, au lieu de servir d’appât, le drone constitue une nouvelle technique de déminage à proprement parler. Plutôt que de sacrifier un engin pour chaque explosif (même si la légitimité de la Mine Kafon reposait sur son accessibilité), l’usage d’un engin volant sonne tout de suite beaucoup plus rentable.

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Le MKD est donc capable de voler au-dessus de zones à risques, de cartographier ces zones, d’y détecter toute trace d’engin explosif, et de les faire détoner. En prime, la machine réalise tout ce processus de façon complètement autonome, ce qui permet à un opérateur d’en déployer une grande quantité pour déminer rapidement une zone.

Pour réaliser ces trois tâches, le drone dispose de trois extensions robotiques interchangeables. Un radar, un détecteur de métaux et un détonateur. D’après Hassani, cette technique serait « plus sûre, 20 fois plus rapide, et 200 fois moins coûteuse que les techniques traditionnelles« . Pour ce faire, l’inventeur basé aux Pays-Bas a lancé une campagne de financement participatif. Objectif ? Accélérer le développement logiciels et la fabrication du drone pour entrer en action dès l’été 2017.

Le projet n’a pour le moment rassemblé que 25 000$ sur les 70 000 prévus. Pour soutenir le Mine Kafon Drone, c’est par ici.


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