Escadrons de drones autonomes : le nouveau projet fou de la DARPA

En accordant le contrat à Lockheed Martin et la Raytheon Company, l’agence de R&D gouvernementale des États-Unis vient d’entrer dans la seconde phase de son ambitieux projet de drones autonomes aériens.

La Darpa au centre de la recherche technologique

Née dans la foulée de l’envoi sur orbite du premier satellite russe Sputnik en 1947, la DARPA a pour mission d’accélérer la recherche et le développement de nouvelles technologies au service de la Défense américaine. Avec un budget colossal de près 3 milliards de dollars, l’Agence pour la Recherche et la Défense figure parmi les plus grands soutiens de R&D de la planète. Un budget plutôt stable depuis 2005, mais qui avait bondit de plus d’un milliard de dollars entre 2000 et 2005, période de déclenchement des guerres en Afghanistan et en Irak. De la recherche soutenue à grands renforts de billets verts et qui sert des intérêts principalement militaires évidemment, mais il est utile de rappeler que nombre d’inventions qui ont vu le jour dans les laboratoires de la DARPA ont ensuite éclos puis conquis la planète. A savoir les satellites, qui connectent à présent tous nos téléphones portables, et Internet qui est considérée comme la plus grande révolution de la connaissance.

Mais depuis quelques années, la DARPA met un point d’honneur à développer des drones pour faciliter les opérations militaires en zones contestées. Dans ce cadre, elle développe des drones marins, comme le chasseur de sous-marins Sea Hunter, mais également des drones aériens, d’attaque ou de transport comme le prototype de drone à décollage vertical d’Aurora. D’après la DARPA, les drones « représentent une ressource inestimable pour remplir des missions de reconnaissance, de surveillance et de renseignements pour permettre des attaques tactiques » précise le communiqué. Les drones, ce sont eux qui permettent à l’armée américaine de mener à bien des attaques plus ou moins chirurgicales qui visent une cible bien déterminée grâce au travail de reconnaissance accompli au préalable.

Nouvelles tactiques militaires

Un nouveau programme projette de concevoir un système de drones collaboratifs capables de réaliser des opérations et tâches spécifiques en collaborant les uns avec les autres, et ce en plein vol. Ce programme baptisé CODE pour Collaborative Operations in Denied Environnements doit aider l’U.S Army à coordonner ses interventions militaires à longue distance grâce à un dispositif autonome et précis de drones collaborant pour remplir une seule et même mission. La première phase du concours a vu s’opposer huit entreprises. Seules Lockheed Martin, qui puise désormais son inspiration au MIT, et Raytheon Company ont pu entrer dans la seconde phase qui octroie directement des contrats entre ces deux concurrents et l’armée américaine. Les six autres sociétés continueront toutefois de collaborer avec l’agence sur différentes technologies visant à améliorer le système final. Parmi ces six candidats, on compte Daniel H.Wagner Associates, Scientific Systems Company, Smart Information Flow Technologies, Soar Technology, SRI International et Vencore Labs.

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L’idée générale étant de concevoir un système global intégrant plusieurs drones autonomes qui devront chacun assumer une tâche spécifique pour atteindre un objectif commun. Pour cela, le système doit être en mesure de se déplacer à très longue-distance des opérateurs, y compris dans des zones comportant des champs électro-magnétiques, impliquant par la même un système de communication particulièrement fiable et indépendant des superviseurs humains. A travers ce contrat, l’US Army cherche un dispositif de drones collaboratifs spécialement conçus pour intervenir dans des zones contestées voire illégales, d’où le recours à des drones et non à de vrais pilotes…

Les drones devront en permanence tenir le superviseur du groupe informé de leur environnement et de leurs recommandations avant d’entreprendre quelque action que ce soit. Grâce à l’autonomie collaborative du dispositif, les drones pourront identifier d’éventuelles cibles et les engager par eux-mêmes en respectant un protocole très stricte tout en restant aux aguets quant à l’apparition de nouvelles menaces ou d’appareils alliés. Le but étant que pour chaque groupe de drones, un seul soit nommé commandant de la mission, et qui, s’il est abattu, transmettra immédiatement les clés de la mission à un autre appareil.

Durant la première phase, la DARPA a retenu une vingtaine de comportements algorithmiques par équipe et prévoit de les implanter dans les deux programmes vainqueurs pour tester virtuellement le potentiel de collaboration d’un groupe de drones. Si ces tests sont concluants, ce sera l’occasion de passer à la Phase 3, qui prévoit que l’équipe retenue teste les capacités réelles du programme en utilisant jusqu’à 6 appareils qui devront coopérer pour remplir des missions tests. L’ambition est que le programme final développé dans le cadre du projet CODE résiste aux coupures de communications avec les opérateurs humains et puisse poursuivre sa mission de façon autonome.


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