Premier vol réussi pour le drone solaire Aquila de Facebook

Premier vol réussi pour le drone Aquila de Facebook

Dans la course au tout-connecté, Facebook prend une longueur d’avance avec le premier vol réussi de son drone solaire Aquila.

Duel de géants pour connecter le monde

Rivalité avec Google, car les deux géants de l’internet mondial sont avides de croissance. Le gros de leurs revenus provenant de leurs recettes publicitaires (90% pour Google), et dont le prix ne cesse de diminuer au fil des ans, les deux ogres doivent constamment attirer de nouveaux utilisateurs pour maintenir leurs objectifs de croissance. S’ils y parviennent pour le moment, tous deux ne comptent pas baisser les bras. C’est pourquoi ils développent chacun de leur côté de nouveaux produits pour élargir toujours plus leur gamme de services. Google comme Facebook s’intéressent de près à l’intelligence artificielle et à la voiture autonome, rachètent régulièrement des start-up prometteuses et parient sur d’autres technologies d’avenir qui reposeront notamment sur les données.

Restons sur la partie conquête d’utilisateurs. Car il s’agit bien de conquête. Les deux multinationales, armées de leurs ingénieurs et de leurs moyens colossaux, rivalisent d’ingéniosité pour développer de nouvelles solutions pour connecter toujours plus de monde. En ligne de mire ? L’Afrique et l’Asie, deux continents sur-peuplés et encore sous-connectés proportionnellement à leurs homologues européens et américains. Toutefois, la chute des prix des smartphones ont permis un nouvel essor de la connectivité dans les pays africains et asiatiques qui ont tout bonnement sauté la case internet à domicile pour s’abonner à l’internet mobile. A titre d’exemple, la proportion de foyers abonnés à l’internet fixe avoisinait en 2014 les 10% en Afrique contre 19% pour la bande mobile. En Europe, ces chiffres s’élèvent respectivement à environ 78% % et 64% pour le mobile.

Une course en avant qui n’est pas sans accrocs. Début 2016, l’offre de connexion gratuite en Inde par le biais de la filiale internet.org du réseau social n°1 se voyait déboutée par l’autorité de régulation des télécoms. Sa devise ? « Connecter le monde« . Le service Free Basics proposait un accès gratuit en basse consommation aux services et produits de Facebook. Mais l’offre a naturellement été rejetée pour tarifs discriminants et concurrence déloyale. Un sacré revers pour Mark Zuckerberg qui n’avait pas hésité à vanter les mérites de son service dans le journal The Times of India, allant jusqu’à le comparer à un véritable service public : « Nous avons une bibliothèque free basic […], nous avons les soins free basics […], nous avons l’éducation free basic […] « , et présentant l’accès à internet comme un droit et un besoin de première nécessité : un bon moyen de donner aux masses les moyens de sortir de la misère, mais surtout un bon moyen de mettre la main sur des millions d’utilisateurs.

Du côté de Google, principal rival de Zuckerberg dans sa conquête internationale, on travaille depuis des années sur le Projet Loon. Il vise à connecter le continent africain au réseau internet en dispersant des ballons. L’Afrique, de par ses caractéristiques spécifiques (immense territoire, populations parfois pauvres et isolées…) représente un terrain d’expérimentation idéal pour les géants américains. Pourquoi attendre que le client vienne quand on peut aller directement chez lui ?

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Le projet Aquila

Mais Facebook a plus d’un tour dans son sac. Avec son Terragraph, le réseau social proposait déjà une technologie de relais terrestre prétendument dix fois plus rapide que les relais wi-fi existants.

L’entreprise a pris les devants concernant la connexion des territoires isolés grâce à des appareils volants. Bien que l’européen Airbus ait déjà présenté Zephyr T, un drone autonome qui fonctionne à l’énergie solaire et qui fait office de satellite.

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Le projet Aquila, dévoilé en juillet 2015 a pour ambition de connecter les « 1,6 milliards de personnes qui vivent dans des régions coupées de l’accès à l’internet mobile« . D’après la publication de Facebook sur son blog, connecter tous ces gens et toutes ces régions avec les technologies existantes qui consiste à enterrer des câbles ou construire des pylones, est bien souvent contre-productif. C’est une façon de voir les choses, les gouvernements ayant assumé cette mission durant tout le XXe siècle. C’est aujourd’hui la première fois que l’on voit des compagnies privées entreprendre des projets d’une telle envergure. Microsoft et Google ont d’ailleurs annoncé en mai dernier leur intention de construire un câble de 6600 km entre l’Europe et l’Amérique Nord.

Toujours est-il que pour la première fois dans l’Histoire, ce sont des géants privés qui endossent le rôle de bienfaiteurs, sous couvert d’intérêts financiers privés à n’en pas douter, mais un rôle bien réel puisque divers projets sont en passe d’aboutir.

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Premier vol réussi pour le drone de Facebook

Avec le projet Aquila, développé par Internet.org et le Facebook Connectivity Lab, l’objectif est donc de placer des drones entre 20 et 27 km d’altitude pour envoyer des signaux dans un rayon de 100 km et ce pendant au moins 90 jours. L’engin vole à moins de 130 km/h du fait de sa carrure, et fonctionne à l’énergie solaire. D’après Facebook, à 20 km d’altitude, il suffit de 5000 watts, soit trois sèches-cheveux, pour faire voler Aquila. Toujours selon l’entreprise, l’engin ne pèserait pas plus qu’un tiers du poids d’une voiture électrique, et près de la moitié de son poids serait occupé par ses batteries.

La semaine dernière, Facebook a réussi pour la première fois à faire voler un drone à échelle 1, après des mois d’essais avec des modèles réduits. L’exercice n’a duré que 96 minutes mais est parvenu à fournir des données précieuses sur les performances de vol d’Aquila, dont « le pilote automatique, les moteurs, la radio, la station terrestre, les affichages, la viabilité et l’aérodynamisme de la structure ainsi que l’entraînement du personnel« .

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L’équipe de Facebook dresse le bilan de ce premier test :

Du fait du poids optimisé d’Aquila, son système de décollage est tout à fait inédit. La première phase de test consistait donc à faire décoller cet engin de la même envergure qu’un Boeing 747 en le positionnant sur un chariot qui devait lui donner la vitesse nécessaire à son envol. Une fois que le pilote automatique a détecté que l’appareil allait suffisamment vite, les attaches se sont automatiques détachées pour le libérer. Au niveau de l’aérodynamisme, les difficultés tiennent surtout du changement d’altitude et de climat. L’air est plus ou moins dense selon l’altitude de vol et la température ambiante. Les propulseurs doivent donc automatiquement s’adapter en conséquence. Du côté de l’autonomie des batteries, la durée de vol assez réduite n’a pas permis de relever un grand nombre d’informations, bien qu’à 40 km/h, à basse altitude l’engin n’a consommé que 2000 watts, ce qui rentre dans les prévisions des ingénieurs. Enfin, pour le pilote automatique, tout semble avoir fonctionné correctement, mais encore une fois uniquement pour la basse altitude.

Pour l’avenir, la compagnie a dressé 4 grands défis qu’il lui faudra relever : l’efficacité des cellules photovoltaïques et celle des batteries qui devront palier l’absence de soleil; la taille et la vitesse du drone doivent encore êtres améliorées; et pour finir, pour qu’Aquila soit rentable, il doit être plus intéressant que les solutions de connectivité traditionnelles. Aussi, Facebook doit développer « des systèmes embarqués d’alimentation et de communication plus efficaces » tout en s’assurant que l’appareil « soit assez résistant aux dégâts et assez endurant pour éviter de le déployer en trop grand nombre » et que toute supervision humaine soit minimisée, pour réduire au maximum les frais d’opération.

Aquila est un engin révolutionnaire qui conjugue une grande variété de technologies. Pour qu’il devienne performant, la recherche doit donc avancer significativement dans une multitude de disciplines. A voir si un tel projet peut devenir rentable dans les prochaines années. Dans tous les cas, la course ne fait que commencer, et les rivaux de Facebook sont de plus en plus nombreux. A commencer par la firme de Mountain View qui veille au grain. Car en plus de ses ballons, Google a également racheté le fabricant de drones Titan en 2014. Objectif ? Connecter des millions d’utilisateurs depuis les cieux…

décollage du drone Aquila

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le drone Aquila sur son chariot de lancement

Source et crédits photos : Facebook


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