Gary Johnson, le candidat libertarien de l’Amérique technologique

Candidat oublié des élections présidentielles, Gary Johnson, du Parti Libertarien, apparaît comme le plus grand soutien de l’industrie technologique américaine.

Le libertarianisme et le mythe de l’américain entreprenant

Gary Johnson n’est autre que le leader du Parti Libertarien, un mouvement dont les racines remontent aux origines des Etats-Unis. Pour comprendre les idées de ce parti qui bien que prospère, n’a jamais pu rejoindre la Maison-Blanche, il faut remonter à la formation des états unis d’Amérique. Face à l’ennemi anglais et après la déclaration d’indépendance, les anciennes colonies divergent sur la suite à donner à leur émancipation. A l’époque, les grandes figures de proue de la révolution et des Federalist Papers James Madison et Alexander Hamilton militent pour une union plus étroite de façon à tenir tête aux géants européens, quand d’autres défendent la liberté et l’indépendance des anciennes colonies. Les débats d’alors préfigureront ceux qui ont toujours animé certaines franges de l’électorat américain. Et ils participeront surtout à la configuration institutionnelle du pays. En guise de compromis, les différents états s’accordent notamment sur un parlement bicaméral, à deux chambres donc. L’une représentant proportionnellement la population de chaque état, l’autre donnant le même nombre de sénateurs à chacun d’entre eux, par souci d’équité.

Du même acabit que ce que l’Union Européenne vit actuellement, des mouvements plus ou moins influents naissent en réaction à la dynamique centralisatrice et fédéraliste engagée par les premiers présidents américains. A l’époque, ces mouvements n’étaient pas cantonnés à une petite partie de la population américaine et les débats qu’ils suscitaient ont animé les plus hautes sphères de la nation. Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis était lui-même l’un des symboles du libertarianisme et notamment de l’agrarianisme. Une philosophie semblable visant à ce que chaque américain soit libre de labourer son propre lopin de terre, livré à lui-même et à sa propre inventivité. Une idéologie longtemps alimentée par le mythe de l’Ouest qui plaçait la figure du yeoman farmer (petit propriétaire terrien) sur un piédestal.

Toujours est-il que cette idéologie s’est inscrite profondément dans l’ADN des américains. C’est en partie à elle qu’ils doivent leur esprit d’entrepreneur et d’innovateur, forgé dans la difficile conquête de l’Ouest sauvage, comme l’avait théorisé Jackson Turner dans sa thèse « De l’importance de la Frontière dans l’Histoire Américaine » en 1893.

Deux siècles plus tard, la figure principale du mouvement libertarien se fait l’avocat de l’Amérique des affaires. Et en 2016, entrepreneuriat ne rime plus avec agriculture mais avec nouvelles technologies. En février 2016, l’agriculture ne représentait plus que 4,8% du PIB national selon les chiffres du gouvernement. Malheureusement une telle donnée pour le secteur des hautes technologies est difficile à obtenir du fait de son inclusion dans de multiples segments de l’industrie. Toutefois, d’après CompTIA, un cabinet d’études à but non-lucratif, le secteur de la tech emploierait plus de 6,7 millions de personnes à travers le pays et compterait pour 7,1% du PIB, quand la population agricole représentait près de 80% du total au début du XIXe.

Yeoman_Farmer

Gary Johnson, le candidat de la Silicon Valley

Le Yeoman Farmer n’est plus, l’entrepreneur du web l’a remplacé. Cela, Gary Johnson l’a sans doute bien compris. Et c’est pourquoi il mise une grande partie de son programme présidentiel sur cet électorat.

Gary Johnson a été gouverneur du Nouveau Mexique de 1995 à 2003 sous étiquette Républicaine et aurait reçu plus d’un million de voix aux élections présidentielles de 2012 en tant que candidat du Parti Libertarien.

Il s’est récemment fait remarqué pour une phrase un tantinet provocante, mais qui n’a pas manqué de viser juste puisqu’elle a été relayée par un certain nombre de médias. A l’occasion d’Innovate2016, le chef de file des libertariens a déclaré « qu’il fallait tout ubériser« . Un positionnement pas si étonnant quand on connaît l’idéologie libertarienne qui cherche avant tout l’égalité à travers l’individualisme. Car pour lui, l’économie du partage (du moins ce qu’il appelle ainsi) est « le modèle du futur » et ne devrait pas être combattue mais plutôt encouragée. L’ubérisation n’est toutefois pas forcément synonyme de partage mais plutôt de désintermédiation. Les applis mobiles permettent de mettre directement en relation les particuliers qui se fournissent un service mutuel. C’est une vraie révolution économique et sociétale, mais qui n’en est plus vraiment une dès lors que l’entreprise fait son beurre avec une commission et à partir du moment où les particuliers en font leur activité principale et donc un levier de rémunération. A ce titre BlaBlaCar est déjà bien plus représentatif de l’économie du partage qu’un Uber ou AirBnB.

D’après la communication officielle de son parti, il aurait réunit 1,77 millions de dollars pour financer sa campagne. Et selon le site Opensecrets.org, l’ensemble de ses fonds proviendraient de donations, dont 43% émaneraient de gros donateurs. Parmi lesquels, le fond d’investissement GTCR LLC (10,000$), IBM Corp (4,297$) et le conglomérat United Technologies (2,800$). Globalement, ses plus grand soutiens industriels viennent du monde du Droit, de la sécurité, de l’électronique et de la santé.  Ce n’est toutefois qu’un bien maigre pactole en comparaison de ses concurrents Hillary Clinton et Donald Trump, qui ont respectivement réunit 287 et 89 millions de dollars, sans compter les aides émanant de leurs partis et des super PACs.

A en croire le travail de référencement du site On The Issues, qui collecte toutes les interventions et citations de personnalités politiques sur les grands thèmes de la campagne, ses thèmes les plus chers (basés sur le nombre d’occurrences) sont incontestablement les finances publiques, l’économie et l’entreprise avec une coupe du budget fédéral, une baisse des taxes mais aussi les droits civils avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la légalisation et régulation de la prostitution, le soutien au mariage gay et la légalisation du cannabis, autre thème très fort de sa campagne. Il milite également pour une refonte de l’éducation et la mise en place d’un système basé sur la compétition.

Récemment, c’est un journaliste de Futurism qui a eu l’opportunité de discuter avec le candidat et d’en tirer un certain nombre d’initiatives. Et selon lui, introduire Gary Johnson dans les débats de la campagne présidentielle ne pourrait que les impacter positivement en apportant un point de vue mûr et original. Dans cette interview, Johnson a affirmé vouloir utiliser « la science et la technologique pour rendre l’Amérique plus forte et aider l’humanité« . Un genre de « Make America Great Again » mais avec une stratégie derrière. A la question « que pensez-vous de l’intelligence artificielle ?« , celui-ci répond, en bon libertarien, qu’il est « important de ne pas réguler l’industrie de l’IA« .

C’est à peu de choses près ce qu’il pense d’internet. Plus tôt en juin, à l’occasion de la conférence Reboot de San Francisco, le politicien a fait part de son programme technologique, une semaine après celui d’Hillary Clinton. Il y défendait l’encodage des données, cheval de bataille d’Apple, mais aussi le libre-échange, pilier de l’économie américaine qui peut concevoir ses produits à la maison et les produire à l’étranger à bas coûts. Tandis que Donald Trump clame un retour à la production locale. Il ajoutait également qu’il n’avait « aucune volonté de réguler Internet » et qu’il se méfiait des activités anti-démocratiques de la NSA.

Si l’on s’intéresse de nouveau à ses interventions référencées par le site On The Issues, on peut y voir qu’il milite fermement pour la neutralité du net, s’opposant à toute intervention gouvernementale dans la gestion des flux, mais aussi à la création de « back doors » dans les systèmes d’encodage, pourtant réclamées par le FBI dans l’affaire de l’iPhone du terroriste de San Bernardino. Dans une publication sur son site, il commentait l’affaire de la façon suivante : « Le gouvernement demande même à ce que des back doors soient créées pour lui permettre d’accéder aux informations privées et encodées détenues par les fournisseurs d’accès internet. L’excuse avancée est celle de la sécurité – un concept ridicule venant d’un gouvernement qui a démontré tant de fois qu’il était incapable de protéger ses données les plus basiques ».

Au cours de l’interview accordée à Futurism, le candidat est allé jusqu’à soutenir la recherche sur la longévité et à dire qu’il était prêt à « signer toute loi qui promeuve la recherche et le développement de remèdes« . Il n’a pas non plus peur d’aborder un autre sujet brûlant qui promet pourtant de provoquer de vifs débats dans les prochaines années : la modification génétique.

Et pour chapeauter cette candidature déjà très tech-friendly, Gary Johnson a déclaré vouloir intégrer une imprimante 3D dans la Maison-Blanche et qu’il était prêt à rouler en voiture autonome des services secrets… Une annonce pour le moins vide de sens, mais néanmoins symboliquement forte et qui lui donne une image de candidat de l’Amérique des nouvelles technologies.

En attendant, le candidat libertarien espère dépasser le fameux palier des 15% d’intentions de vote qui lui permettraient d’obtenir son ticket pour les débats officiels de la campagne présidentielle. Pour le moment, il tourne aux alentours des 10%.


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