Ce film d’horreur verra le jour grâce à l’IA et au Big Data

affiche film impossible things

Greenlight Essentials lance son premier film écrit par une collaboration homme-machine. Son film d’horreur Impossible Things est en campagne sur Kickstarter.

Les données au service de la production cinématographique

Aux Etats-Unis, aucun doute là-dessus, le cinéma est bel et bien un divertissement. Qui dit divertissement dit enjeux financiers. Pour répondre au mieux aux attentes des spectateurs, des équipes entières de scénaristes proposent des pitchs et rédigent des scripts, quand, dans d’autres pays, cette mission est assumée par une poignée de personnes tout au plus. Car pour cette industrie colossale, les enjeux ne sont pas à prendre à la légère. Et le potentiel de succès d’un film est longuement réfléchi au préalable par les producteurs qui cherchent à cibler les envies des consommateurs. Ce qui explique l’assez grande homogénéité des films proposés aux Etats-Unis.

Or, depuis quelques temps, pour peser le potentiel d’un film, les équipes de production font appel à un nouveau type d’étude de marché : l’analyse de données. Les diffuseurs de contenu comme Netflix ont su profité de cette nouvelle expertise pour tirer leur épingle du jeu.

Ce succès, on le doit à la data et aux data scientists. Ces nouveaux travailleurs de l’ombre qui analysent les innombrables quantités de données collectées dans les confins du web. Leur rôle ? Donner du sens à un ensemble hétérogène et déconstruit. Leur moyen ? Les algorithmes. Ce sont eux qui permettent aux géants du web comme Facebook, Amazon ou Google de traiter vos données personnelles en temps réel et de les utiliser à des fins commerciales. Ce sont eux qui façonnent votre fil d’actualité Facebook, eux qui hiérarchisent en partie les résultats de vos requêtes sur les moteurs de recherche et ce sont également eux qui permettent au libraire virtuel Amazon de vous recommander des livres et produits divers en rapport avec ce que vous avez consulté dans le passé.

Aujourd’hui toutes les entreprises de services et de divertissement en ligne, ou presque, conçoivent des algorithmes maison ou recourent à ceux de spécialistes. Le but étant évidemment de personnaliser votre expérience utilisateur sur internet en vous proposant des produits toujours plus ciblés selon votre profil.

Ce sont ces algorithmes qui ont en partie fait le succès d’une plate-forme de streaming comme Netflix. Car au-delà de la densité du catalogue de films et séries proposées, il fallait trouver une façon rapide et efficace de tri qui correspondent aux attentes des internautes.

Greenlight Essentials et le movie data

Sur son site web, la société de production se présente comme une compagnie « dédiée à aider les professionnels du divertissement à mieux comprendre le movie data et à apporter l’analyse de données dans l’industrie du cinéma« . Alors qu’en France la mission de savoir si les thèmes et sujets traités dans un film sont le plus souvent décidés par le réalisateur et la production sur la base d’un projet, aux Etats-Unis cela fait bien longtemps que l’on n’hésite pas à privilégier une stratégie purement marketing qui vise à donner au consommateur ce qu’il veut. Or, pour le lui donner, rien de tel que l’analyse des données qui permettent de dessiner un profil général du spectateur moyen.

La première démarche de Greenlight Essentials est donc d’analyser des scénari et d’identifier les grands thèmes directeurs. Grâce au data, ils peuvent ensuite les comparer aux thèmes prédominants qui reviennent dans les goûts des spectateurs. Ci-dessous, un graphique tiré du logiciel qui classe les différents thèmes présents dans le film Impossible Things selon le montant total des recettes au box-office rapporté aux dépenses marketing.

graphique retombées marketing d'un thème de cinéma

Selon eux ce logiciel permet à des utilisateurs « dépourvus de toute notion de programmation ou de mathématiques, d’explorer les schémas récurrents à travers des décennies de cinéma« . En clair, « il n’y a pas besoin de se coltiner des décennies de films et d’étudier les réactions du public pour que les professionnels de l’industrie comprennent quelles combinaisons d’éléments peuvent attirer l’audience, mais aussi quelles combinaisons d’éléments pourraient la faire fuir ». Sur leur site, on peut trouver une série d’études de cas de films dont le logiciel a décelé ou non les clés du succès. Ils expliquent notamment comment le succès du film Gone Girl de David Fincher était assuré d’avance.

Impossible Things, fruit du big data et de l’IA

Et pour démontrer toute la force de leur expertise, ils en sont venus à lancer un projet inédit : la réalisation d’un film entièrement basé sur les techniques d’analyses de données et l’intelligence artificielle. Objectif ? « Créer le film d’horreur le plus flippant de tous les temps« .

Ce projet vise donc à faire collaborer l’Homme et la machine pour affûter la puissance de frappe de leur film en choisissant les bonnes thématiques. Exactement comme l’a fait Netflix avec les séries House of Cards et Marseille, mais en poussant probablement la démarche encore plus loin.

D’après eux les techniques traditionnelles de création « ne tirent pas profit de la totalité des informations disponibles aujourd’hui. Tout le monde peut créer, mais, créer quelque chose de bien pour une large audience est un processus fondamentalement imparfait« . Leur constat étant que les producteurs n’arrivent pas assez souvent à percevoir correctement les envies et attentes des spectateurs. A juste titre puisque selon eux, 87% des films n’arrivent pas à être rentables au cinéma. Et pourtant, il y a longtemps que l’industrie du cinéma américain a adopté une approche à contre-sens de ce qui se fait dans le cinéma français, c’est à dire, privilégier les seules attentes du consommateur. Le pourcentage avancé par le studio est à prendre avec des pincettes. Un chiffre mirobolant obtenu en comparant le budget d’un film et ses recettes au cinéma, sans aucune prise en compte de la chronologie des médias, et donc des recettes des sorties DVD ou TV.

L’analyse de données apparaît cependant comme un nouveau remède pour reconquérir le public. Le rôle de l’IA consistera à repérer des patterns dans la montagne de données collectées (principalement sur la fréquentation et les recettes) depuis l’invention du cinéma.

Pour perfectionner leur IA, ils l’ont d’abord entraînée aux techniques de Natural Language Processing (traitement linguistique), pour analyser les différentes parties de l’intrigue qui plaisent à l’audience de manière très générale. Ensuite ils ont façonné un environnement intuitif grâce à graphical user interface (GUI). Et pour promouvoir leur création, ils ont publié un teaser sur Facebook, cible privilégiée par leur logiciel :

La boîte de production met bien l’accent sur la viabilité du projet qui passe par une véritable collaboration homme-machine, plutôt qu’une simple prouesse technologique vide de sens. Elle n’hésite d’ailleurs pas à prendre pour contre-exemple le court-métrage Sunspring, dont le scénario a complètement été imaginé et rédigé par une machine. Un autre projet, plus pied-à-terre, avait adopté l’intelligence artificielle et le machine vision pour orchestrer un ballet de drones caméra-men de façon à trouver les meilleurs angles de vues. Ce projet avait d’ailleurs utilisé le Tone Analyzer d’IBM, un logiciel qui identifie le ton dans les phrases. Le but étant de permettre à l’IA de comprendre, à partir du scénario, quel était l’ambiance du film.

Résultat, voici les premières lignes du synopsis de Impossible Things : « Perturbée par la mort de sa petite sœur, une femme de carrière et son mari chômeur quittent la ville pour déménager dans un petit coin de paradis à la campagne. Abandonnant sa carrière frénétique, Madeline reste à la maison pour la rénover et s’occuper des enfants : un bébé et une fille jumelle, tandis que Matt trouve ce qu’il peut comme boulot. Alors que la mère et la fille commencent à entendre des voix et à avoir des visions d’une femme dérangée et d’un fantôme à la silhouette d’une enfant très semblable à la fille jumelle décédée, la réalité s’effondre« . Et puis, la mère succombe aux folies nostalgiques de la maison hantée. En bref, un scénario de film d’horreur tout ce qu’il y a de plus banal…

L’équipe du film a lancé une campagne de financement sur Kickstarter. A gagner : des dvd, t-shirts, posters et autres goodies habituels. A noter qu’à partir de 800$ de financement, vous aurez le privilège d’essayer le logiciel d’analyse de données pendant six mois. De quoi vous amuser à créer vos scénari les plus fous.


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  1. henri_b

    L'écriture par des machines, comme la peinture ou la composition musicale, date des années 60. Du réchauffé tout ça...