Innorobo 2017 : les robots industriels étaient aussi de la partie

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La robotique industrielle fait toujours sensation à Innorobo. Cette année, la cobotique était au centre des discussions.

Au milieu des robots de service et autres compagnons, les machines à vocation industrielle étaient bel et bien de la partie. En première ligne, on retrouve le CEA de Saclay (Essonne), centre de recherche et d’innovations emblématique au niveau européen. Plus de 6000 personnes y travaillent. Parmi eux, Yann Perrot, chef du laboratoire robotique interactive. Explications : « C’est un laboratoire d’une cinquantaine de personnes composé de chercheurs, de thésards. Nous développons des technologies de robotique pilotées en effort. Notre histoire d’origine, c’est la téléopération pour les besoins de l’industrie nucléaire. Ces technologies de robotique pilotées en effort nous ont amené au début des années 2000 à commencer à travailler sur la cobotique, l’assistance aux gestes, les exosquelettes, et plus récemment la robotique collaborative depuis 2008-2009 ». Comme le prouve leur préhenseur robotique présent sur le salon. Il s’agit d’une main industrielle capable de saisir ou de manipuler n’importe quel type d’objet de manière très versatile.

robotique-industrie-innorobo-1 Le CEA a réalisé des démonstrations de mains industrielles.

A Saclay, ces experts oeuvrent sur différentes approches. Outre l’amplification d’effort et l’aide à la manipulation, ils ont notamment mis au point les exosquelettes Hercule avec la société RB3D. Mais ce n’est pas tout. Ce centre vient également de créer en octobre dernier une start-up nommée Izybot focalisée sur la robotique collaborative. « Izybot est un robot qui va pouvoir travailler en environnement ouvert au milieu des opérateurs. On va pouvoir le déplacer pour le programmer en démonstration sans avoir à utiliser d’interfaces informatiques. Et puis il va être performant pour des tâches qui nécessitent des efforts comme le parachèvement ou l’assemblage ». Par ailleurs, le CEA co-gère la Factory Lab, une plateforme pour l’industrie du futur qui donne accès à des financements simplifiés et rapides pour des innovations technologiques. Pensez-y.

robotique-industrie-innorobo-2 Izybot est la dernière réalisation en robotique collaborative du CEA.

La préhension, c’est aussi la spécialité de Schunk depuis plus de 30 ans. L’entreprise allemande fournit des marchés très divers, allant de l’automobile au secteur médical en passant par l’aéronautique, l’agroalimentaire ou l’électronique. Leurs systèmes modulaires permettent de contrôler précisément la puissance, l’effort et la vitesse des pinces robotiques. Ainsi, des actionneurs rotatifs peuvent être combinés entre eux afin de bénéficier d’un axe supplémentaire.

Un marché de plus en plus mature

Cette recherche de complémentarité entre l’humain et le robot dépeint vraiment l’enjeu du moment dans l’industrie. On veut bien sûr vous parler de la cobotique, cette branche émergente qui vise à produire des robots assistant l’homme, en automatisant une partie de ses tâches. Adrien Poinssot, responsable commercial pour Universal Robots en France, confirme : « Nos robots se disent collaboratifs. L’idée c’est qu’ils sont préparés pour pouvoir travailler dans une application collaborative, en interaction avec un opérateur, ou en partageant avec lui un espace de travail. Cela se passe à tous niveaux. Cela va de la facilité de programmation à la facilité d’installation. L’idée est vraiment de donner le pouvoir à l’opérateur afin qu’il ait un outil pour produire mieux et qu’il puisse se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée. Cela tombe très bien avec tous les enjeux que peuvent rencontrer les usines de production ».

robotique-industrie-innorobo-3 Les robots collaboratifs de Universal Robots.

Chez Universal Robots, 95% de leurs applications servent dans l’industrie, du petit artisan jusqu’aux gros groupes automobiles, de métallurgie ou de textile. Une société qui sait aussi sortir du cadre. En effet, elle propose également d’autres applications à destination du tournage vidéo (travelling en télévision) ou encore de la kinésithérapie pour la rééducation. La société fait également dans l’éducatif en ligne ouvert à tous. Via sa plateforme de formation UR Academy, elle propose aux internautes de devenir programmateur de robot en seulement 87 minutes… « Cela permet de donner des bases et des clés sur les grands principes de la robotique traditionnelle grâce à des simulations interactives qui maximisent votre implication. C’est gratuit et c’est en six modules », explique Adrien Poinssot. Sans oublier UR+, une plateforme en ligne qui met à disposition des utilisateurs des solutions qui ont été réalisées par des développeurs, à l’image de ce que peut faire Google Play. « Ce sont des fonctionnalités qui n’existaient pas d’office sur le robot et qui sont maintenant disponibles car quelqu’un a fait le développement. Cela vaut aussi bien au niveau du software que du hardware », précise Adrien Poinssot.

robotique-industrie-innorobo-4 Ce robot équipé d’un capteur anti-collision est développé par Fogale Robotics.

La cobotique ? C’est aussi le pari de Fogale Robotics situé à Nîmes. « Puisque le marché du robot n’était pas mature il y a une douzaine d’années et qu’il le devient aujourd’hui, nous sommes en train d’adapter nos solutions pour les robots industriels entre autres dans l’automobile et la logistique », affirme William Panciroli, le directeur commercial. Sur Innorobo, William et les siens sont venus présenter leur robot équipé d’un capteur anti-collision. « Il permet de détecter une présence humaine à une certaine distance. Les capteurs sont répartis sur le robot à plusieurs endroits donc lorsque l’on s’approche du robot on peut effectivement détecter la présence humaine et notamment la partie la plus dangereuse, celle qui porte l’outil. Tout ceci se déroule dans des conditions de sécurité optimales », poursuit-il.

L’automobile reste en pôle position

Cette technologie est déjà utilisée dans le domaine médical depuis une douzaine d’années, notamment en radiologie chez General Electric Healthcare. « C’est typiquement un robot coopératif qui permet d’établir des stratégies de contournement de l’humain quand celui-ci se trouve dans le champ de travail du robot. Ainsi l’humain et le robot peuvent travailler indépendamment l’un de l’autre tout en restant en sécurité chacun de leur côté », ajoute William Panciroli.

robotique-industrie-innorobo-5 Les robots humanoïdes de THK.

Le mot de la fin ira aux humanoïdes présents également dans l’industrie. A l’instar du robot R7 développé par le Japonais THK, leader mondial du guidage linéaire. « Nous avons initialement développé le R7 pour montrer notre savoir-faire technique et les composants mécaniques que nous pouvions fournir aux clients, affirme Philippe Eid, ingénieur des ventes chez THK qui compte 35 usines à travers le monde dont une en Alsace. Vu son succès et ses capacités, on a fini par le commercialiser. Il a diverses applications. Il peut manipuler des produits, trier les pièces en sortie d’usine. Grâce à son écran pectoral, il peut aussi servir de robot de service de présentation. Par contre, il n’y a pas d’interaction. Il peut énoncer un message mais pas dialoguer ».

Tout cela pour dire que c’est un secteur qui se porte bien. Mais la France reste encore loin derrière. La Chine est aujourd’hui le plus important marché mondial. En 2015, la Chine a acheté 27% du volume mondial total (68 600 robots) et dépassé les ventes de robots industriels dans l’Europe entière (50 100 unités). La Chine produit même 30% de ces robots industriels. L’Europe reste malgré tout le 2ème marché mondial, devant les USA. C’est toujours l’Allemagne qui s’équipe le plus en robots industriels (50K unités). Alors que l’Europe de l’Est entre dans une ère d’automatisation, la France a accru en 2015 ses achats de robots industriels d’environ 3% pour un volume global de 3 045 robots industriels.

Selon le SYMOP (Syndicat des Machines et Technologies de Production), 40% des robots industriels installés en France en 2014 oeuvrent dans l’automobile, suivis par la métallurgie (16%) et la parachimie (13%). Cette croissance devrait se poursuivre dans les prochaines années, voire s’intensifier avec les initiatives « Industrie 4.0 » qui fleurissent sous différentes appellations un peu partout. Pour l’heure, le taux d’équipement des différentes filières industrielles est encore très bas dans de nombreux pays.


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