Comment vivrons-nous demain : la vie et l’intelligence artificielle en 2030

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Une immense enquête menée par des chercheurs américains et du monde entier offre une vision de l’avenir de nos sociétés à l’horizon 2030. Entre bénéfices et contraintes, l’avènement de l’IA et de la robotique promet de bouleverser notre modèle d’organisation économique et sociétale.

1950. L’informaticien britannique Alan Turing invente le concept d’intelligence artificielle dans son papier « Computer Machinery and Intelligence« . Depuis il a progressivement éveillé la curiosité des scientifiques du monde entier, dont les découvertes ont lentement infiltré la société de consommation sous différentes formes. A l’aube de l’ère de l’intelligence artificielle, propulsée par les récentes découvertes en matière de deep learning, la question de sa définition, de ses bénéfices et de ses dangers est plus que jamais au centre de l’attention.

Afin de mettre les points sur les i et de dresser un bilan objectif et exhaustif de la recherche actuelle et future en robotique et IA, l’Université californienne de Stanford a mené l’enquête pendant un an. Une grande étude réalisée par des chercheurs issus des plus prestigieux établissements des Etats-Unis et du monde : du MIT à l’Université John Hopkins en passant par l’Institut de Technologie de Bombay, Berkeley et Harvard. Un panel déjà alléchant que viennent compléter les plus grands noms du privé : Rodney Brooks de Rethink Robotics, Ece Kamar de Microsoft Research et Astro Teller, le patron du laboratoire Google X.

Vers une définition de l’intelligence artificielle

Les premières pages du rapport s’essayent à donner une définition claire et intelligible de l’intelligence artificielle, trop souvent déformée et mal interprétée. Nils J. Nilsson en donne une première version : « l’intelligence artificielle est l’activité qui consiste à rendre les machines intelligentes, et l’intelligence est cette qualité qui permet à une entité de fonctionner correctement en accord avec son environnement« . Tout le problème étant que chacun peut interpréter l’expression « fonctionner correctement » comme il l’entend. Certains diront qu’une calculatrice remplit bien ce rôle.

Pour faire la différence entre l’intelligence d’une calculatrice et celle d’un être humain, le rapport se base sur la définition donnée par Nilsson et qui définit l’intelligence humaine comme une forme d’intelligence multi-dimensionnelle. Selon le panel de chercheurs, il n’est pas question d’une différence de nature mais d’échelle. L’essence de l’intelligence humaine tient simplement de « son échelle, de sa rapidité, de son degré d’autonomie et de sa généralité« .

Étrangement, l’IA est victime d’un paradoxe, baptisé « AI Effect » par la recherche et qui montre qu’à mesure qu’elle repousse les frontières du possible, ses avancées passées tombent peu à peu en banalité par conséquence de leur acceptation dans la société. Autrement dit, plus l’IA progresse, plus les produits qu’elle a permis d’inventer se répandent dans le commerce et nos modes de vies, et plus la définition de ce qu’est l’intelligence artificielle évolue vers quelque chose de toujours plus complexe.

En guise de définition « opérationnelle », l’équipe définit l’IA comme « la branche de la science informatique qui étudie les propriétés de l’intelligence en synthétisant l’intelligence« .

Passé, présent et futurs de l’intelligence artificielle

L’étude décortique un à un les courants du spectre de la recherche en robotique et en intelligence artificielle. Leur objectif ? Parvenir à dresser le portrait le plus fidèle possible de notre société dans 15 ans. Ce type de rapport est appelé à se multiplier dans les années à venir puisqu’il s’inscrit dans le nouveau programme One Hundred Year Study on Artificial Intelligence (AI100) de Stanford. Celui-ci entend remettre l’état de l’art de la recherche scientifique à plat tous les cinq ans afin de mieux penser et objectiver l’objet « intelligence artificielle » et d’éviter toute dérive.

L’état de la recherche actuelle est donc remis à plat dans ce rapport de 50 pages, de façon à identifier les grandes tendances et ainsi mieux entrevoir l’avenir. L’enquête touche donc à tous les grands domaines qui attirent la convoitise des scientifiques de tous bords. Les transports, la robotique de service/domestique, la santé, l’éducation, les communautés sans ressources, la sécurité et la santé publique, l’emploi et l’entreprise, et le divertissement… aucun n’a été épargné. Huit secteurs déjà impactés par l’arrivée de l’IA et qui promettent d’être largement réinventés dans les années futures, notamment par les progrès de la recherche dans les domaines clés suivants : apprentissage automatique, vision par ordinateur, robotique, traitement automatique du langage, systèmes autonomes collaboratifs, crowdsourcing, théorie des jeux, internet des objets, et électronique neuromorphique (imitation artificielle des réseaux neuro-biologiques).

Dans un second temps, le rapport aborde l’encadrement juridique de la robotique actuelle et future et propose une liste de recommandations à l’attention des futurs gouvernants.

« L’heure est arrivée de penser à un cadre éthique et réglementaire pour le développement de l’IA et des technologies, car elles sont sorties du champ académique pour infiltrer la société dans son entier » explique Barbara Grosz dans une interview à l’Université de Harvard.

A la question « l’IA prendra-t-elle le pas sur l’Homme ? » Grosz répond que « nous, tous les citoyens humains, sommes maîtres de ce que nos créations font ou ne font pas« , ajoutant que toutes ces craintes vis-à-vis de l’IA proviennent de la culture science-fiction et que l’IA, plutôt que de nous dépasser, est conçue comme une intelligence complémentaire qui nous aide à prendre des décisions plus éclairées, et non à les prendre à notre place.

La ville du futur

Si l’on en croit ce rapport, la ville américaine du futur a tout de celle imaginée par les classiques de la science-fiction : camions et voitures autonomes se bousculeront sur les autoroutes tandis que des appareils de transport les survoleront dans les airs. Dans nos maisons et nos entreprises, les robots de service feront la pluie et le beau temps : ils livreront nos colis, nettoieront nos bureaux, et assureront la sécurité des lieux. Les intelligences artificielles auront envahi tous les secteurs privés comme publics. Ils éduqueront nos enfants dans les classes et diagnostiqueront leurs maladies. Nos agences gouvernementales et municipales seront envahies de programmes informatiques qui superviseront la gestion énergétique de nos villes, surveilleront nos rues et anticiperont les actes criminels.

Des bouleversements qui révolutionneront nos modes de vie et ne manqueront pas de les menacer : « depuis les années 1990, les Etats-Unis ont connu une croissance continue de leur PIB, mais le revenu médian a stagné et le taux d’emploi a chuté« .

Car au-delà de leur apports bénéfiques à la société, les technologies soulèveront « d’énormes défis, comme l’emploi, les salaires et toute une série de problèmes qu’il nous est possible de résoudre à condition de nous y mettre dès maintenant, afin que les bénéfices de l’IA profitent au plus grand nombre » souligne Peter Stone, chercheur à l’Université d’Austin.

Pour les auteurs, certains de ces défis consisteront à créer un environnement informatique et hardware fiable et sûr pour toutes les voitures et robots autonomes, mais aussi à créer un climat de confiance entre les hommes et les machines en écartant la peur ambiante de voir la technologie remplacer les hommes sur le lieu de travail. Une perspective qui, plutôt que de nous effrayer, devrait surtout nous enjouer.

A condition, évidemment, qu’un cadre éthique et légal clair et ambitieux soit mis en place par les gouvernements et les citoyens et soit respecté par les entreprises et les utilisateurs.

Et en attendant la ville du futur, on vous invite à la découvrir à travers quatre documentaires sur la robotique et l’intelligence artificielle.

Source : Peter Stone, Rodney Brooks, Erik Brynjolfsson, Ryan Calo, Oren Etzioni, Greg Hager, Julia Hirschberg, Shivaram Kalyanakrishnan, Ece Kamar, Sarit Kraus, Kevin Leyton-Brown, David Parkes, William Press, AnnaLee Saxenian, Julie Shah, Milind Tambe, and Astro Teller.  « Artificial Intelligence and Life in 2030. » One Hundred Year Study on Artificial Intelligence: Report of the 2015-2016 Study Panel, Stanford University, Stanford, CA,  September 2016.


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  1. Projet Eden

    Le scénario est imposé ou bien on a quand même voix au chapitre ? Quelle arrogance et quel mépris des droit des peuples a disposer d'eux-même.
    En 2050, je n'aurais qu'un seul terminal chez moi pour me connecter à Internet. Le reste des objets de mon quotidiens seront tous issus de technologies basses, principalement locales, respectueuses de mon biome, n'utilisant pas ou très peu d'énergie électrique. Je ferais partie de différents réseaux citoyens, à la fois numériques (mais en libre) et physiques, à l'échelle de ma commune, de mon canton, de mon département, qui me permettront d'accéder à une large gamme de produits, de services, de connaissances, mais avec lesquels je pourrais aussi participer à la gouvernance de mon territoire. Sur le Net, je trouverais toutes sortes de plateformes conçues comme des espaces communs et gouvernées par la communauté de leurs utilisateurs. Je serais autonome pour la plupart de mes besoins car j'autoproduirais la plus grande partie de ma nourriture et que je fabriquerais beaucoup de mes objets quotidiens à l'aide des ressources locales. Une grande partie de mon temps libre sera consacrée à assurer le bien être de la communauté à travers des activités culturelles, associatives, artisanales, à embellir mon espace de vie, et aussi à regarder passer les nuages. Je ne voyagerais quasi jamais, n'en éprouvant pas le besoin. En revanche, à vingt ans, mon fils fera le tour de France (ou d'Europe). A pieds.
    Il y aura encore des oiseaux, des poissons, et une multitude d'animaux et l'air sera sain à respirer.
    Cet avenir est encore possible. A chacun de nous de le construire. A chacun de nous d'être cohérent dans ses choix. Nous faisons partie de l'Histoire. Ne laissons pas d'autre la raconter à notre place.

  2. Jacques Bolo

    Déjà, pour l'image, c'était ce qui était promis pour l'an 2000. On nous aurait menti?
    Pour le reste, beaucoup d'approximations.