"La robotique est-elle soluble dans l’Industrie du Futur ?" par Catherine Simon

Catherine Simon, Directrice du Salon Innorobo, que nous avons eu l’occasion d’interviewer à plusieurs reprises, a rédigé une tribune pour réveiller les consciences sur la situation de la filière robotique en France.

Catherine Simon connaît comme personne en France l’industrie robotique. A la tête d’Innoecho, société organisatrice du salon Innorobo, depuis maintenant près de 4 ans, Mme Simon côtoie les plus grands industriels français, européens, américains et asiatiques. Ce qui l’amène à réfléchir et à rédiger cette tribune, où elle fait état du manque d’efforts en France pour retenir nos start-ups innovantes, et regrette en particulier la fusion du plan gouvernemental concernant la robotique avec celui de l’Internet des Objets. Voici sa tribune :

« La robotique constitue une nouvelle frontière, comparable à l’Internet, avec un marché estimé pour la seule robotique de service, à 100 milliards d’euros en 2020 par la Commission européenne. Le gouvernement a validé le 2 juillet 2014 la Feuille de Route du Plan Robotique, un des 34 plans pour la Nouvelle France Industrielle. »

Cette introduction est directement issue du site Entreprises.gouv.fr. Ils étaient 34, ils ne sont plus qu’une petite dizaine regroupés sous cette houlette industrielle (sous réserve des annonces définitives).

Qu’est-ce que cela va changer ?

Il fut un temps où nous rêvions d’un plan robotique, un autre où nous avons contribué à sa mise en place dans les différentes régions. Nous connaissons maintenant le temps de son « assimilation ».

Annoncé au même moment que la fusion des deux syndicats représentatifs de nos pépites robotiques, le SYMOP (syndicat des machines et technologies de production) qui absorbe SYROBO (robotique de service), la fusion du plan robotique avec ceux concernant l’Internet des objets, le Big Data, le calcul intensif, le Cloud et la réalité augmentée (annoncé par le Président de la République le 14/05/2015) donne le ton : d’un côté la robotique industrielle et l’Usine du Futur, de l’autre le constat que la transformation robotique profite des avancées de la transformation numérique et vice-versa. De là à appeler le nouveau groupe « Industrie du Futur », nous manquons peut être d’une dénomination plus fédératrice.

Les réalités marché sont bien différentes des contours établis par les plans. Les experts savent que la robotique industrielle n’est déjà plus réellement une bataille pour les entreprises françaises dont les représentants (le Groupe GORGE, STAUBLI et Sepro robotique) doivent faire face à une concurrence mondiale allemande ou japonaise de taille. Le Groupe Gorgé annonce un CA 2013 de 214,5 M€ et son voisin Kuka de 1,8 milliards. Staubli réalise un peu moins d’1 milliard d’Euros de CA quand Fanuc en annonce plus de 5.

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Les nouveaux robots industriels, collaboratifs, s’appellent aujourd’hui IIWA de Kuka (Allemagne), Nextage de Kawada (Japon), Sawyer de Rethink Robotics (USA) ou Universal Robot (Danemark). Il s’agit plus d’équiper de robots nos usines de production pour gagner en productivité, conserver les emplois industriels en France et limiter la pénibilité du travail que de devenir un leader mondial.

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En revanche, les robotiques de services sont en phase d’émergence – robotique médicale et de santé, robotique de sécurité et surveillance, robotique agricole, …- et le leadership mondial reste à prendre dans nombre de secteurs. Des pépites françaises innovent et font face aux américains, aux coréens, aux japonais…

L’assimilation au sein d’un seul plan « Industrie du Futur » comporte le risque de ne penser qu’en termes de robotique personnelle, voire en IoT. Il manque pourtant au marché de l’Internet des Objets aujourd’hui, une plateforme ouverte, gérant de multiples protocoles et services pour une interface unique et pour qu’il passe d’un marché de « geeks » à une réalité pour le grand public. C’est oublier les marchés de la robotique de service professionnelle, qui ont une réalité économique tangible à haute valeur ajoutée. La société MEDTECH qui connait une croissance de son CA à 3 chiffres grâce à son robot chirurgical ROSA se reconnaitra-t-elle dans l’appellation « Industrie du Futur » ou encore la société BA systèmes avec ses véhicules logistiques robotiques ou ses robots médicaux développés en coopération avec GE Healthcare?

La France de la robotique doit revenir à des fondamentaux :

  • Comment garder nos talents, nos entrepreneurs et leurs innovations en France alors qu’ils ne trouvent que peu de financement notamment d’amorçage ?
  • Comment faire évoluer les projets vers des produits et des marchés ?
  • Comment profiter de l’élan économique que représente la robotique de service professionnelle?

Les Etats Généraux de la robotique auront lieu à innorobo, le 1er juillet 2015, à Lyon et démontreront la diversité des initiatives régionales et entreprises françaises en ce domaine.


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  1. Piard Gilles

    La robotique est-elle soluble dans l’Industrie du Futur ? OUI² , Nous n'avons pas le choix, c'est une evidence , car plus rien ne pourra arreter cette avancée du plus de numerique ! et surtout , en matiere d'amélioration de la competitivité , par l'effet levier genere par la robotique . il est nécessaire de composer une nouvelle partition avec nos "Ressources Humaines et materiels" de production afin de preserver notre industrie à la "FRAN9AISE" .
    C'est VITALE si nous voulons sauver le peu qu'il reste . mais pour cela tous nous devons tous nous mobiliser sur ce sujet , tous les partenaires, les financiers, les inventeurs, les syndicats, les acteurs du terrain. Un challenge super interessant car c'est notre affaire a tous et pour les générations a venir !
    Voila quelques exemples ; "Chasser les taches penibles, les jobs a risques majeurs ( contamination ), recuperer les usines a faibles valeurs ajoutées et les moderniser pour reintegrer et creer des postes hih tech ! ".Donc, Developper la vision pour le futur avec plus de reflexion STRATEGIQUE de façon a eviter de constater au pied du mur les degats. Anticiper les impacts et retombees du numerique et les moyens associées.

  2. frederic

    Problématique intéressante en effet :)