Le récit d’un ancien pilote militaire de drones

Revenir de la guerre sans être traumatisé ? Impossible. Mais lorsque la guerre se joue à des milliers de kilomètres du centre d’opérations, cela soulève d’avantage de questions… Un ancien pilote de drones américain, Brandon Bryant, a été interviewé par un journaliste du quotidien allemand Der Spiegel. Il dresse un portrait terrifiant de ses cinq années qu’il a passées à l’intérieur d’un container de la taille d’une caravane, sans fenêtres, à température constante de 17 °C, à combattre contre des hommes à l’autre bout de la planète.

« Devant les yeux de Brandon et de ses collègues scintillaient quatorze écrans. Sous leurs doigts, quatre claviers. Il suffisait que Brandon presse un bouton au Nouveau-Mexique pour qu’un homme meure à l’autre bout de la planète. »

Dans l’article proposé en français par Courrier International, on peut y lire le récit d’un homme que la guerre à distance a traumatisé.

Blog_Humanoides_Fr_drones_combat_traumatisme_pic1

Loin des éloges et célébrations des premiers succès des vols de drones de combat, on y découvre un tout autre visage de la guerre moderne, « invisible », à qui « la distance ôte de sa gravité ». « La guerre nouvelle se veut plus précise que l’ancienne, écrit le journaliste. Pour cela, beaucoup la disent ‘plus humaine’. » Notamment Barrack Obama, qui prône une guerre plus intellectuelle… C’est cette conception qui est de plus en plus contestée par des ONG et qu’interroge le témoignage du jeune soldat de 27 ans.

Voici différentes extraits de l’article :

Ce jour-là, dans le réticule du drone, une maison aplatie en terre, avec une étable pour les chèvres, se rappelle-t-il. Lorsque l’ordre de faire feu tombe, Brandon presse un bouton de la main gauche […]. Le drone lance un missile de type Hellfire. Il reste alors seize secondes avant l’impact. « Les secondes s’écoulent au ralenti' », se souvient Brandon aujourd’hui. […] A cet instant, Brandon peut encore détourner le missile roquette. Trois secondes. Brandon scrute le moindre pixel sur l’écran. Soudain, un enfant qui court à l’angle de la maison. […] Brandon voit une lueur sur l’écran – l’explosion. Des pans du bâtiment s’écroulent. L’enfant a disparu. Brandon a l’estomac noué.

Blog_Humanoides_Fr_drones_combat_traumatisme_pic2

« On vient de tuer le gamin ? » demande-t-il à son collègue assis à côté.

« Je crois que c’était un gamin », lui répond le pilote. […]

C’est alors que quelqu’un qu’ils ne connaissent pas intervient, quelqu’un qui se trouve quelque part dans un poste de commandement de l’armée et qui a suivi leur attaque : « Non, c’était un chien. »

Ils se repassent l’enregistrement une nouvelle fois. Un chien sur deux jambes ? Lorsque Brandon Bryant sort de son container ce jour-là, le cœur de l’Amérique profonde s’étale devant lui : l’herbe drue de la steppe à perte de vue, des champs, l’odeur du lisier. […] Une guerre est en cours.

Blog_Humanoides_Fr_drones_combat_traumatisme_pic3

Depuis, Brandon a été diagnostiqué comme ayant un syndrôme post-traumatique. Il se sera plus jamais celui qu’il était. « L’espoir d’une guerre confortable, sans séquelles psychologiques, a fait long feu. »

Source


Laisser un commentaire