Les secrets de l’épave du Roi Soleil révélés par l’humanoïde OceanOne

OceanOne le robot archéologue sur les vestiges de la Lune

Plus de trois siècles après son naufrage et 20 ans après sa découverte au large de Toulon, La Lune, navire de guerre de la Marine du XVIIe siècle, pourrait bien révéler tous ses secrets grâce à un robot humanoïde conçu par l’Université de Stanford.

Un peu d’histoire d’abord…

Depuis sa découverte par le Nautile en 1993, scientifiques et archéologues collaborent pour mettre au point des techniques d’exploration innovantes. L’épave est située à environ 100 mètres de fonds, la profondeur idéale pour expérimenter de nouvelles technologies mais aussi pour envoyer des hommes. La construction de la Lune remonte à la première moitié du XVIIe siècle et bravait les flots sous le règne du Roi Soleil. A l’image de son propriétaire, la Lune est un navire majestueux d’environ 40 mètres de long et de 600 à 800 tonneaux. Quatre ans après l’intronisation du jeune Louis XIV, celui-ci est pris dans une bataille indémêlable avec les corsaires de la Méditerranée qui menacent le commerce des esclaves. Le Roi lance donc une expédition belliqueuse contre les Barbaresques. C’est la déroute, la première flotte de guerre au monde est défaite par les Turcs et les Kabyles. Le Roi décide alors de se débarrasser de la Lune, symbole de son échec. Malgré de sévères dégâts, le navire reprend les flots au large de Toulon, et 900 hommes meurent dans son naufrage. Dans l’ombre du naufrage de la Lune, le Roi Soleil a pu se faire jour.

L’Opération Lune au carrefour des nouvelles technologies et de l’Histoire

Sous la direction de Michel L’Hour du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines du Ministère de la Culture et de la Communication (DRASSM), la mission d’exploration de la Lune commence en 2012. Mise en place de l’accompagnement institutionnel et médiatique (ARTE), campagnes de fouilles, mises en place de structures d’accueil du public, muséographie et exposition des objets retrouvés, l’Opération Lune durera 3 ans et mobilisera des compétences multiples et des acteurs de tous bords. Des acteurs publics avec le soutien notamment du Ministère de la Culture, de la Marine Nationale et de l’Ifremer, mais aussi des acteurs privés avec la participation de Dassault Systèmes et d’A-Corros.

Pas plus tard qu’hier, l’exploration a connu un nouveau rebondissement. Si de nombreuses technologies de cartographie 3D, de simulation ou de reproduction ont été utilisées, jamais un robot humanoïde n’avait été envoyé sous les mers. Car il s’agit bien d’un humanoïde qui a été missionné pour explorer les vestiges de la Lune.

Prénommé OceanOne, l’humanoïde a été conçu et fabriqué par l’Université de Stanford en Californie, sous la direction d’Oussama Khatib, spécialiste en Computer Science. Après un bain d’essai dans les piscines de sa Californie natale, le robot a pris du service dans les eaux méditerranéennes.  Il devient par ailleurs le premier humanoïde « à marcher sur la Lune » ironise Michel L’Hour au micro de France Inter.

OceanOne est né d’un projet de recherche sur les barrières de corail de la Mer Rouge, qui dépassait largement les capacités des plongeurs humains. Comment concilier la résistance physique d’un robot à l’habilité d’un être humain ? C’est la question à laquelle OceanOne répond. C’est en somme un « formidable mélange de robotique, d’intelligence artificielle et d’haptique » résume Bjorn Garney sur le site de l’Université de Stanford.

Le robot qui mesure 150 centimètres, est constitué de deux bras articulés et d’une tête dotée d’une vision stéréoscopique qui permet au pilote de se plonger dans la vue du robot. La queue, qui lui donne des airs de sirène, comporte tout le bagage technique : batteries et propulseurs. Mais ce qui distingue ce robot des autres drones sous-marins, ce sont ses mains. Ses poignets mobiles sont équipés de capteurs qui reproduisent les effets d’haptique au pilote. Ce qui permet de saisir des objets tantôt fermement, tantôt délicatement. Une condition indispensable pour mener à bien des fouilles archéologiques. « Cette machine est capable de restituer à l’humain toutes ces sensations, exactement au moment où il touche » de quoi permettre aux chercheurs de déterminer si l’objet touché est constitué de métal, de céramique ou de matière organique… des indices souvent très instructifs en archéologie, pour dater et identifier les objets.

L’intérêt de sa silhouette humanoïde, c’est qu’il peut communiquer avec ses collègues humains à l’aide ses mains. Le robot est conçu pour exécuter les tâches difficiles et dangereuses, comme le minage en eaux profondes, la maintenance de foreuses ou pour opérer après des catastrophes naturelles ou nucléaires comme à Fukushima. « Nous avons connecté le robot et son pilote humain d’une manière très intuitive. L’humain prodigue au robot ses facultés cognitives et intuitives« , poursuit-il. Une synergie remarquable qui permet au robot de faire plus que des tâches manuelles dénuées de sens, et à l’humain d’aller plus loin que ses limites physiques le lui permettent.

Un reportage passionnant sur l’épave du Roi Soleil à voir sur Arte :

Crédits Photos : Stanford et Osada/Seguin/DRASSM.


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