Les Etats-Unis donnent (enfin) leur feu vert aux drones professionnels

le drone de livraison de Project Wing

Alors que la Maison-Blanche lance une série d’initiatives pour accompagner l’essor des drones commerciaux, Google se lance aussitôt dans la course avec deux initiatives de livraison par drones.

La Maison-Blanche donne un coup de pouce au marché des drones

Le marché des drones pourrait bien avoir trouvé son bon-samaritain en la personne de Barack Obama. Effectivement, sous l’impulsion de la Maison-Blanche, la réglementation sur les vols d’UAV a connu un premier relâchement significatif et plusieurs initiatives d’envergure ont été lancées à l’issue d’un atelier de consultation et d’étude organisé hier par le Bureau de Régulation des Sciences et Technologies (OSTP), directement attaché à la Maison Blanche.

Premier signe avant-coureur de cette assouplissement réglementaire : la toute première livraison de colis alimentaire par drone approuvée par la fameuse Federal Aviation Administration, autorité en charge de la réglementation aérienne. Une ouverture au marché du drone commercial initiée par un mémorandum du Président Obama, datant du 15 février 2015, appelant à « la promotion de la compétitivité économique des UAV commerciaux en même temps que la préservation des droits et de la vie privée et des libertés publiques« . En Mai 2016, la FAA annonçait la création d’un comité spécialement dévoué à l’inspection des UAV commerciaux et de leur intégration dans l’économie américaine. Et en juin dernier, ce comité publiait son premier rapport énumérant les nouvelles règles de vol pour les appareils professionnels.

Suite aux travaux du gouvernement sur la viabilité et sécurité des drones commerciaux, dont le marché pourrait peser 82 milliards de dollars dans la prochaine décennie et, dès 2025, créer pas moins de 100 000 emplois, l’administration Obama lance une série d’actions qui ne consiste pas simplement à escorter le marché des drones, mais à l’exalter en faisant tomber les barrières et en l’accompagnant financièrement.

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Parmi les actions entreprises par le gouvernement américain, on trouve le financement de la recherche de la Fondation Nationale de la Science (NSF) à hauteur de 35 millions de dollars sur les cinq prochaines années. Le but ? « Accélérer l’innovation en termes de design, de contrôle et d’applications pour les UAV« . A commencer par la recherche dans les domaines de « l’inspection d’infrastructures, de réponses aux catastrophes, de gestion de l’agriculture, de l’étude météorologique et ainsi de suite« , précise le communiqué officiel de la Maison-Blanche.

Autres piliers de cette nouvelle stratégie d’accompagnement : le déploiement de diverses opérations par le ministère de l’intérieur qui recourent aux drones dans le cadre de missions de secours; un budget de 5 millions de dollars concédé par l’état de New York pour soutenir l’industrie des drones professionnels; la mise en place de programmes par les associations de l’industrie du drone à portée éducatives sur les enjeux de vie privée et de sécurité.

Mais le gouvernement ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et a déjà chargé la FAA de rédiger un nouveau paquet réglementaire sur les engins professionnels. L’autorité de régulation aérienne sera d’ailleurs mise en relation avec la NASA dans un effort de compréhension commun. Le gouvernement compte également dépêcher une équipe spécialement dédiée à l’examination de la sécurité et de la sûreté des drones.

Google attendait au tournant

Le géant américain ne s’est pas fait attendre. Aussitôt dévoilé, cet assouplissement réglementaire a libéré les velléités commerciales de Google qui vient d’annoncer dans la foulée le déclenchement de deux programmes. Le premier concerne sa collaboration avec Zipline, une start-up de San Francisco qui livre déjà des poches de sang dans les villages isolés du Rwanda, où l’accès aux soins est particulièrement limité. Aussi développés que puissent être les Etats-Unis, ils ne sont pas exempts de contrées isolées, au contraire. La Maison-Blanche vient d’autoriser la compagnie à effectuer des livraisons dans trois états américains à faible densité démographique : le Nevada (9,4 habitants/km²) sur la côté Ouest, le Maryland (180 hab/km²) à l’extrême opposé et enfin l’état de Washington au nord-ouest du pays (38 hab/km²).

livraison de produits médicaux par Zipline

La seconde annonce majeure faite par Google dans la foulée de l’assouplissement fait état d’un programme inédit d’essais de livraisons aériennes menés par le Project Wing d’Alphabet en coopération avec la FAA.

Le projet  Wing est né en 2012. Gardé secret au sein de la division X d’Alphabet (le laboratoire de recherche de Google). En 2014, l’équipe d’ingénieurs menait ses premiers vols en Australie, où la régulation est moins stricte qu’aux Etats-Unis. Du moins, c’était le cas avant que la Federal Aviation Administration ne finisse par assouplir cette régulation si stricte que le marché des drones professionnels est resté longtemps inexistant aux Etats-Unis. Et ce au profit de compagnies françaises comme Delair Tech ou Delta Drone. Autre dommage collatéral de cette politique tatillonne, l’un des plus grands groupes américains, Amazon, a troqué sa terre natale pour le Royaume-Uni, où l’autorité de régulation vient tout juste de l’autoriser à mener des essais de livraison.

La firme de Mountain View pourra donc tester ses drones de livraison sur six sites dédiés, sans dépasser les 122 mètres d’altitude.

Plus tôt dans le mois, Dave Vos, le patron du second programme, le Projet Wing, avait déjà accueilli positivement les nouvelles règles de la FAA en soulignant notamment qu’en seulement deux ans les travaux réalisés par le gouvernement américain avaient été plus fructueux que les dix dernières années. Il n’a pas non plus hésité à rappeler que les réglementations chinoises et néerlandaises restaient bien plus favorables. En bon entrepreneur, son objectif, disait-il à Fortune le 18 juillet, est de « mettre ces autorités de régulation en concurrence » pour aller dans le sens du marché. La stratégie semble commencer à payer puisque Google est la première grande entreprise à ouvrir la marche, dépassant son rival de toujours Amazon, dont la réaction ne devrait pas se faire attendre bien longtemps.


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