Des robots pour extraire les innombrables ressources lunaires

modélisation de la base lunaire de Moon Express

Dans le cadre du concours Lunar Xprize, la société Moon Express est devenue la première à recevoir l’autorisation d’atterrir sur la Lune pour y puiser des ressources naturelles.

La Fondation Xprize et la révolution technologique

Cette organisation à but non lucratif a été fondée en Californie par un certain Peter Diamandis, co-fondateur de la Singularity University, l’université des NBICs qui s’est donnée pour seule mission d’atteindre la Singularité. En résumé, la Singularité, c’est ce moment précis qui verrait la machine dépasser son créateur.

Le conseil d’administration de la Fondation compte parmi les figures les plus éminentes de la Silicon Valley : Elon Musk (Space X, tesla), Larry Page (Google), Ray Kurzweil (directeur de l’ingénierie de Google), et même le réalisateur James Cameron.

La révolution à travers la compétition. Telle est la ligne directrice des concours organisés par la Fondation. Dans un esprit purement américain qui a contribué à forger l’oasis d’innovation et de richesses qu’est la Silicon Valley d’aujourd’hui, le Xprize a fait de l’esprit d’entreprise et de compétition le moteur de son action. Afin de s’assurer que les esprits les plus éminents de la planète participent à l’aventure, les organisateurs sont prêts à mettre en jeu des sommes astronomiques. Le plus récent de ces concours, le IBM AI Xprize met pas moins de 5 millions de dollars en jeu, et c’est loin d’être le cachet le plus important.

La logique qui anime cette démarche « philanthrope » ? Investir massivement dans l’innovation, car les bénéfices pour l’humanité seraient dix fois supérieurs. Sa mission telle qu’affichée dans son programme est « d’améliorer les vies, de créer l’égalité des chances et de stimuler la découverte« . Un bon moyen surtout pour ses plus importants mécènes de s’assurer que la recherche va dans le bon sens, leur sens.

Parmi ses autres projets phares, on retrouve le fameux Google Lunar Xprize, dont l’objectif n’est autre que d’envoyer un robot sur la Lune et d’enregistrer une vidéo en haute définition pour prouver la réussite de sa mission. Cette compétition est la plus ambitieuse de la Fondation puisqu’elle met en jeu 30 millions de dollars, dont 20 millions pour le vainqueur. Bien au-delà des trois millions prévus pour le vainqueur de l’IBM AI Xprize.

moon-express-lune-2016-3

L’Espace et ses ressources inépuisables

Chaque jour, on en apprend un peu plus sur l’immensité et la structure de notre univers. Chaque jour ou presque, on découvre une nouvelle planète, une nouvelle galaxie ou un nouveau satellite. Chaque jour, ce sont les espoirs de trouver de nouveaux éléments et formes de vies qui grandissent. Et avec eux les convoitises des sociétés privées, curieuses d’y dénicher des ressources extraordinaires par delà nos frontières terrestres.

La lune regorgerait de matières rares et notamment d’eau. Au pôle sud, des chercheurs sont parvenus à trouver des traces d’eau sur la surface lunaire et estiment que cette dernière regorgerait donc de bien d’autres éléments comme du dioxyde de souffre. D’après eux, l’eau peut servir de fuel pour les futures roquettes grâce à son oxygène et son hydrogène liquides. Ils estiment que le satellite abrite 10 millions de tonnes d’Hydroxyle.

Les projets de conquête se multiplient. Au fil des mois, les différentes agences nationales rejoignent tour à tour la course à l’aventure lunaire. La Russie, la Chine mais également l’Union Européenne envisage d’y installer des bases afin de mener des premières expériences scientifiques et pourquoi pas, y trouver de précieuses ressources naturelles. Car notre satellite est extrêmement riche en matières précieuses. Ayant assumé le rôle de bouclier, la Lune a longuement été pilonnée, à l’instar de la Terre, de milliers de météorites et astéroïdes. Un phénomène qui, bien qu’il s’est largement tari n’en constitue pas moins une menace. A tel point que la NASA travaille déjà sur un robot pour étudier les astéroïdes qui menacent d’entrer en collision avec la Terre et trouver des façons de s’en prémunir.

Mais depuis l’adoption du Space Act par le Congrès américain en 2015 (en complète contradiction avec le Traité de l’Espace de 1967), certaines compagnies visent ces mêmes astéroïdes pour d’autres raisons : leurs ressources naturelles. Planetary Ressources et Deep Space Industries lorgnent toutes deux les astéroïdes proches de la Terre, car ce sont eux qui constituent les premières sources de matières précieuses que l’on peut trouver sur la Lune. Et si l’on en croit le PDG de Planetary Ressouces, la capacité à atteindre les astéroïdes n’est pas affaire de distance mais de précision, puisque ces objets rocheux sont dépourvus de gravité, mais sont en mouvement. L’essentiel n’est pas pas de disposer d’assez d’énergie pour les atteindre ou en partir, mais de pouvoir les viser précisément.

Pour finir, la Lune concentre l’attention pour sa pesanteur bien moindre que celle de la Terre (1,622 m.s-2 contre 9,8 m.s-2 à la surface de la Terre). Ce qui en fait la parfaite candidate pour devenir la prochaine rampe de lancement des futurs vaisseaux spatiaux.

moon-express-lune-2016-2

Moon Express veut privatiser la Lune

Si l’extrême majorité de ces ressources sont hors d’atteinte, la Lune constitue déjà une première étape convoitée non plus seulement par des agences spatiales gouvernementales et internationales mais par des entreprises. Au premier rang desquelles Space X, Blue Origin et dans une moindre mesure Virgin Galactic, qui proposent les premières offres de voyage touristique en orbite.

Une petite nouvelle vient de rejoindre le club très restreint des candidates à la conquête spatiale. Il s’agit de Moon Express, une compagnie participant au concours Google Lunar Xprize.

Début 2015, Moon Express faisait déjà la course en tête et passait le premier palier pour une rétribution d’un million de dollars et devenait la première compagnie privée à pouvoir tester son prototype d’atterrisseur (MX-1) dans le Centre Spatial Kennedy Space en Floride. Quelques mois plus tard, elle mettait la main sur le complexe de lancement 36 de Cape Canaveral, la base de lancement des fusées Atlas-Centaur de la Nasa.

Entre temps, elle est également devenue la première société privée à avoir été adoubée par la NASA et par le gouvernement américain. La première, aussi, à avoir été autorisée à se poser sur la Lune pour y extraire des ressources. La Federal Aviation Administration a remis sa décision début août, jugeant que « le lancement de l’engin ne menace en aucun cas la santé et la sécurité publique, la sécurité de la propriété ou celle des Etats-Unis et de ses intérêts étrangers« .

Comme le souligne Moon Express dans son communiqué de presse, jusqu’à présent les sociétés privées n’étaient autorisées qu’à réaliser des missions en orbite terrestre. Cette décision est donc historique et ouvre grand la voie de la privatisation de l’Espace.

Cela tombe à pic, puisque dans le cadre du concours Lunar Xprize, la compagnie avait initialement prévu de lancer sa mission lunaire dès 2016, repoussée à 2017. Selon elle, « l’autorisation inter-agence de la mission Moon Express 2017 constitue un précédent historique pour l’engagement du secteur privé dans l’exploration spatiale pacifique« .

« Nous sommes maintenant libres de mettre les voiles pour explorer le huitième continent, la Lune, et chercher de nouveaux savoirs et de nouvelles ressources pour étendre la sphère d’influence économique de la Terre au profit de l’humanité » a commenté, le CEO de Moon Express, Bob Richards.

La société prévoit dans un futur proche « de ramener des ressources précieuses, des métaux et des roches lunaires sur la Terre » a expliqué Naveen Jain, son co-fondateur. Pour ce faire, elle souhaite concevoir une machine robotisée d’extraction d’hydroxyles, qu’elle enverrait en orbite dans de petits containers. Ces containers seraient ensuite pris en charge par d’autres robots qui les vendraient sur orbite terrestre pour minimiser les coûts des échanges.

Avec les récents succès des fusées réutilisables de Space X et Blue Origin, l’adoption du Space Act et maintenant la première autorisation d’un alunissage spatial à caractère commercial, l’actualité spatiale des prochaines années promet d’être plus qu’agitée.

Modélisation du prototype de robot extracteur de Moon Express

Pour en savoir plus sur le concours Google Lunar XPrize, le réalisateur J.J Abrams a réalisé une série documentaire sur les 16 équipes participantes.


Laisser un commentaire

  1. Bilbo

    je ne comprends pas : c'est la NASA qui décide la privatisation de la Lune ? Ce n'est donc pas un comité international ?

  2. Stop Moon Express

    Non seulement ces sociétés et leurs dirigeants cupides n'ont rien compris mais ils sont en train de creuser notre propre tombe. L'exploitation massive des ressources lunaires peut gravement perturber les relations gravitationnelles qui unissent la Terre à la Lune. Les conséquences sont connues pour avoir été estimée : tsunamis multiples, accélération de la vitesse de rotation terrestre, dérégulation climatique, perturbation de l'orientation de l'axe terrestre. Bref, des conséquences apocalyptiques. La Lune est la gardienne de notre équilibre et ce projet peut clairement constituer une menace pour l'ensemble de l'Humanité, tout cela au nom d'intérêts privés et économiques.
    Par ailleurs, de quel droit ces sociétés se permettent-elles de privatiser le destin de l'humanité ? Quand va-t-on en finir avec cette croyance que tout ce que nous touchons nous appartient. Et que ces ressources n'existent que pour une seule chose : faire du pognon avec ? Où sont les réelles perspectives de progrès et de bénéfices non économiques pour l'humanité dans ce projet ? Une petite citation pour méditer : "Lorsque l’homme aura coupé le dernier arbre, pollué la dernière goutte d’eau, tué le dernier animal et pêché le dernier poisson, alors il se rendra compte que l’argent n’est pas comestible."

  3. Nath

    Ils veulent tous de L'hélium 3 et bientôt, la lune deviendra une mine à ciel ouvert. L'homme n'a décidément toujours rien compris.