Nabaztag : une success story en demi-teinte

Sans être chauvin, il faut quand même avouer que la France dispose de sacrés atouts dans les domaines de la hi-tech, et tout particulièrement de la robotique… Le très fameux Nabaztag en est une bonne illustration, bien qu’il s’agisse plutôt d’un objet communicant que d’un robot à proprement parler. Retour sur l’un des plus grands succès hi-tech made in France, aussi fragile soit-il…

Pour rappel, le Nabaztag est un gadget électronique connecté représentant un lapin. Le terme ‘nabaztag’ est d’ailleurs un mot arménien qui peut être traduit par ‘lièvre’. Tout commence en 2005, année de son lancement sur le marché français. Le produit a été imaginé et conçu par la société française Violet, spécialisée dans les domaines de la robotique ludique et de la RFID. Le grand public découvre alors cette étrange petite bestiole, aux caractéristiques bien trempées…

D’une hauteur de 23 cm, c’est un beau bébé de 418 grammes qui se connecte à internet grâce à la norme WiFi 802.11b/g. Une fois en route, il consomme environ sept watts (lumières, haut-parleur et oreilles) et dispose de nombre d’applications : lecture à voix haute d’e-mails, d’articles RSS, de la météo, du trafic routier, etc. Mais également notifications visuelles et sonores – et dans sa deuxième version (2006) – reconnaissance vocale et lecture RFID.

Après une bonne entrée en matière sur le marché américain en 2006/2007, commence une longue descente aux enfers. Crise, hausse des prix, manque de relais de croissance, la société Violet est même placée en redressement judiciaire et recherche activement un repreneur. C’est l’éditeur de jeux vidéo Mindscape qui évitera la mort du petit léporidé électronique en rachetant Violet pour la modique somme de 350K€. Malgré les dettes et le CA en baisse, on peut supposer qu’il s’agit tout de même d’une bonne affaire, compte tenu de la notoriété mondiale du produit, et de la ferveur de la communauté.

Toujours est-il que fin 2009, les problèmes sont loin d’être solutionnés. Dans les jours suivants Noël, Nabaztag est victime de son succès au point que ses serveurs sont saturés. Une panne générale l’empêche alors de fonctionner, ce qui suscite un certain malaise… Côté infrastructure, les galères ne font que commencer et nombre d’utilisateurs se lassent des indisponibilités récurrentes du service (qui est fourni par la société Iliad – aka Free). Plate-forme sous-dimensionnée, environnement surpeuplé…

Trop, c’est trop ! Fin juillet 2011, les serveurs de Nabaztag sont débranchés faute de moyens. Il faut dire que depuis le 23 juin précédent, Mindscape était à son tour placée en redressement judiciaire… La société qui n’avait fait qu’acquérir la technologie et l’infrastructure serveur, avait hâte de recommencer de zéro, en privilégiant son nouveau bébé…

Car entre temps, Nabaztag était devenu Karotz (1er avril 2011), un objet au design et aux fonctionnalités similaires, qui reçoit en plus un port USB et une webcam. Mais il est déjà trop tard, et en octobre 2011, c’est la société Aldebaran Robotics qui reprend le flambeau… Le 24 décembre suivant, Nabaztag is back, ses serveurs étant ré-activés.

Un succès technologique et conceptuel, malheureusement plombé par des fragilités managériales, financières et stratégiques. Un syndrome bien de chez nous. Malgré tous ces rebondissements, Nabaztag reste l’un des emblèmes du Web 3.0, celui des objets connectés. Reste à voir ce que son nouveau propriétaire, créateur du célèbre robot NAO, va réussir à faire du nouveau Karotz. To be continued…


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