Prévention des moussons, l’Inde est au rendez-vous

L’Inde se met à la page et modernise son système de prévision météorologique. Pour cela, rien de mieux que des robots plongeurs et un super-ordinateur.

Mousson et monde agricole

La majorité de la population indienne dépend encore très largement de l’agriculture. Tandis que 67% des indiens vivent encore en dehors des villes, l’agriculture représente aujourd’hui 18,2% du PIB du pays contre seulement 1,2% pour la France, qui surclasse pourtant ses voisins européens. Toutefois, ces 18% emploient en réalité 55% des actifs en Inde. Cela veut dire que près de 700 000 millions d’indiens dépendent directement de l’agriculture et de ses aléas. Le pays asiatique figure d’ailleurs au 4e rang des pays possédant la plus grande surface agricole au monde avec 179,3 millions d’hectares.

Mais ce pays agricole est également très fortement dépendant des aléas du climat. Les moussons contribuent à près de 80% des précipitations annuelles du pays. Autant dire que si la mousson est retardée voire absente, l’agriculture est au point mort. Et les experts du GIEC craignent que la situation ne s’empire d’année en année avec les effets du réchauffement climatique. Dans une note du Ministère français de l’Agriculture sur l’agriculture indienne, il est indiqué « qu’un tiers du territoire est exposé aux inondations, et 68% à la sécheresse », ce qui la rend extrêmement vulnérable aux variations météorologiques.

Conjuguez ces indices socio-démographiques avec les indices météorologiques et vous obtenez un cocktail explosif. Car à mesure que les villes se développent, les inégalités se creusent. Un urbain touche en moyenne 3 fois plus qu’un rural. Il est donc indispensable pour le pays de trouver des solutions de politiques publiques pour diminuer cet écart grandissant. Le gouvernement a d’ailleurs lancé le plus grand programme de redistribution alimentaire de la planète. En 2013, le Parlement adopte le Food Security Act qui doit venir en aide à plus de 800 millions d’indiens avec une enveloppe de 16 milliards de dollars.

Les robots à la rescousse

Si comme la plupart des français vous aimez prouver que les prévisions de Météo France sont quasiment toujours à côté de la plaque, alors ce concept devrait vous intéresser. La saison des moussons s’apprête à frapper fort dès aujourd’hui dans le Nord-est indien et le Bengal occidental. L’occasion pour le pays de dévoiler un nouveau système particulièrement inédit de prévision météorologiques. En 2009, l’immense pays a connu la mousson la plus violente jamais enregistrée ces quarante dernières années. Bien décidés à ne pas voir le cours des choses se répéter, les scientifiques indiens se sont affairés à trouver des solutions humaines à un problème naturel.

Alors que 300 millions d’indiens n’ont toujours pas accès à l’électricité, une équipe de chercheurs en robotique et climatique se sont donnés pour mission de percer le mystère des moussons. Mais l’exercice est loin d’être un jeu d’enfant : « La mousson indienne est particulièrement difficile à prédire. Il s’agit d’un système climatique extrêmement compliqué et ses dynamiques ne sont pas encore comprises par la science » explique Adrian Matthews, chercheur de l’Université d’East Anglia en chef du projet. Le projet sur lequel collaborent l’UEA, l’Université de Reading, le Centre d’Océanographie de Southampton ainsi que plusieurs centres de recherches indiens, est baptisé BoBBLE pour Bay of Bengal Boundary Layer Experiment. Les robots conçus par cette équipe diversifiée viennent tout juste de prendre le large sur le navire Sindhu Sadhana qui doit naviguer entre Chennai et le Golfe du Bengale. Coût total de l’opération ? 11 millions de dollars.

inde-mousson-robot

Et pour cause, elle a mobilisé tout un tas de scientifiques britanniques et indiens autour d’un objectif commun : concevoir des robots sous-marins autonomes pour explorer les fonds. Leur mission ? Collecter une grande quantité d’informations sur les secrets des eaux océaniques jusqu’à 2000 mètres de profondeurs. Température, dynamique des courants, taux de salinité, et quantité de chlorophylle, les robots passeront les fonds-marins au peigne-fin, et leur données seront envoyées directement en Grande-Bretagne pour être analysées. Ces données seront également confrontées aux mesures réalisées par une autre partie de l’équipe, spécialisée dans les études atmosphériques : « nous combinerons des mesures océaniques et atmosphériques pour surveiller les systèmes météorologiques et comprendre leur genèse. Jamais personne n’a réalisé d’étude de cette ampleur sur les moussons » assure le professeur Matthews. Le but étant de chercher à comprendre comment l’océan peut impacter la météorologie et notamment les cycles de pluies en Inde. Anticiper les moussons pour offrir au gouvernement l’opportunité de mobiliser les moyens nécessaires en cas de trop fortes pluies, ou à l’inverse, en cas de sécheresse prolongée.

Et un super-ordinateur

Mais pour mieux anticiper les cycles de moussons, le gouvernement ne se contente pas du projet BoBBLE. Constatant l’obsolescence de son système de prévision actuel, hérité des méthodes statistiques du colon britannique, le deuxième pays le plus peuplé au monde ne compte pas rester les bras croisés. Traiter la multitude de données collectées chaque jour dans ce pays de 3 287 000 km² (plus de cinq fois la France), implique de travailler avec un ordinateur à la puissance de calcul colossale. En changeant son modèle de super-ordinateur, le but est de passer « d’ici 2017, à un modèle dynamique opérationnel qui devrait remplacer le modèle statistique » explique M Rajeevan, Ministre des Sciences Terrestres, et qui doit d’ailleurs visiter le bateau de recherche de l’opération BoBBLE. Le gouvernement n’a pas communiqué plus de détails sur ce super-ordinateur. Tout ce qu’ils ont dit, c’était que le nouveau modèle devrait être dix fois plus puissant que l’actuel propulsé par IBM.

« En dix ans, nous sommes parvenus à atteindre un degré de précision beaucoup plus fin en matière de prévision météorologique, mais la mousson est un phénomène très complexe que seul Dieu est capable de comprendre pleinement » poursuit-il. Ce qui, à défaut de nous en apprendre un peu plus sur leurs techniques de calcul, nous permet d’écarter l’idée qu’IBM Watson soit une divinité…

carte des moussons qui touchent l'Inde en juin 2016

En Inde, le centre d’étude météorologique rattaché au ministère des sciences terrestres emploie plus de 5000 personnes. L’image ci-dessus illustre les prévisions sur les moussons actuelles (en vert), qui respectent d’assez près les normales de saison (en rouge). Grâce à ce super-ordinateur, le ministère cherche avant tout à accélérer le calcul pour prendre en compte un plus grand nombre de données et de facteurs, et ainsi livrer des prévisions plus fines. Car le centre d’étude livre des prévisions globales, de façon hebdomaire. Les 29 états qui forment cette république fédérale ne reçoivent donc pas de prévision localisée et donc plus fine. C’est là tout l’objectif de l’adoption d’un ordinateur plus puissant.


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