Eclipse : un film réalisé à base d’IA et de drones

Drones, IBM Watson, Microsoft … Voici l’étonnante équipe de réalisation du court-métrage Eclipse pour le New Directors’s Show de Saatchi & Saatchi.

Toujours prêt à ouvrir les possibles et explorer de nouvelles manières de créer et de concevoir des films, l’agence de communication Saatchi & Saatchi a mené une expérience d’un nouveau genre pour son édition 2016 du New Director’s Show.

Ce petit festival dans le festival se fixe chaque année pour mission de révéler des nouveaux talents, de nouvelles formes de création de nouveaux imaginaires. Objectif largement atteint cette année, puisque l’équipe de réalisation était uniquement composées de machines et de drones.

L’IA comme nouvel outil de création

Le 23 juin, on fêtait la naissance du père de l’informatique, le britannique Alan Turing, né en 1912. Pour lui rendre hommage, l’alliance Microsoft-IBM-Saatchi &Saatchi s’est fixée pour objectif de réaliser un film uniquement avec des ordinateurs.

Un hommage indispensable pour Ruari Glynn, directeur du laboratoire d’interactivité de l’école d’Architecture de Bartlett : « Alan Turing fut la première personne à se demander si les machines pouvaient penser, ce qui mène directement à la question ‘les machines peuvent-elles se montrer créatives ?’. La dernière question qui se pose pour la créativité artificielle est de savoir si une machine peut au moins comprendre le sens de sa création ». Selon lui, concevoir des machines extrêmement douées pour imiter l’homme est une chose, encore faut-il qu’elles en soient conscientes et qu’elles puissent dépasser cette simple imitation pour faire preuve de créativité. Une créativité qui ne saurait être la même que la nôtre, mais qui aura le mérite d’explorer de nouvelles formes de création.

A contre-courant de la vague de la réalité virtuelle, l’équipe de réalisation explique avoir voulu se démarquer de ce nouveau jouet et d’aller au-delà. « Nous étions vraiment intrigués de savoir si un programme pouvait satisfaire notre soif de créativité » explique Andu Gulliman, juré pour le NDS. Le NDS ne veut se fermer aucune porte et cherche avant tout à déjouer les préjugés et les attentes. Selon Chris Graves, Chef de la Création de Team One, la définition du réalisateur n’a jamais cessé d’évoluer au rythme des nouvelles technologies. Aujourd’hui on trouve de superbes réalisateurs qui émergent sur des plate-formes aussi inattendues que Vine, YouTube ou SnapChat. Car les technologies et donc les techniques qui y sont attachées, déterminent bien souvent la création. On crée toujours par le prisme de l’outil dont on dispose pour donner vie à notre imagination. Les vidéos de 6 secondes sur Vine ont ainsi donné naissance à un véritable mouvement de réalisation qui a su s’approprier cette contrainte temporelle extrêmement stricte pour proposer un contenu nouveau et néanmoins intéressant.

tone analyser watson IBM

Collaboration entre Microsoft et IBM

Pour réaliser ce film, l’agence est allée voir les deux locomotives de l’informatique que sont Microsoft et IBM. Tout deux connus pour leur rôle central dans le développement de l’informatique et des nouvelles technologies, l’un met surtout en avant ses chatbots quand le second se targue d’avoir mis au point l’intelligence artificielle la plus aboutie et la plus multitâches à ce jour, IBM Watson.

Mais pour procéder au casting de ces deux candidats retenus, Saatchi & Saatchi s’est associée à Team One et l’agence de luxe Zoic Lab. Ils ont donc testé et approuvé plusieurs programmes dont Watson et Ms_Rinna de Microsoft, le système de reconnaissance faciale d’Affectiva et le programme artistique neuronal de EEG.

A l’arrivée, le système global réunissant toutes ces IA spécialisées dans différents domaines a été baptisé Anni Mathison. Le film musical qui en découle s’intitule Eclipse.

Comment ont-ils procédé ?

Watson et le chatbot Ms_Rinna ont d’abord « écouté » et traité les données contenues dans la musique du groupe d’électro français qui a conçu la bande-son. Les IA ont ainsi pu analyser l’émotion induite dans les paroles pour générer un scénario, des costumes, des personnalités et un lieu de tournage.

La reconnaissance faciale et les algorithmes d’EEG ont permis de distribuer les rôles aux acteurs les plus pertinents. Puis, les drones, contrôlés par le Tone Analyser de Watson et les données d’Affectiva ont fait office de caméramen ultra-précis. Profitant de la reconnaissance faciale d’Affectiva, les drones pouvaient aider les acteurs à se positionner et à les filmer comme personne.

Pour finir, les IA ont encore fait parler leur talent lors du montage final. Grâce à la puissance de calcul et à la précision millimétrique des machines, le monteur artificiel a pu parfaitement accorder les plans sur la bande-sonore pour un résultat encore plus dynamique. Tous les effets spéciaux ont été conçus par le programme artistique d’EEG qui s’est chargé d’appliquer des filtres sur les images.

Une fine équipe de programmes informatiques entièrement consacrée à la réalisation d’un film. Est-ce à cela que l’on doit s’attendre pour le futur de la création artistique et cinématographique ?

Création et imagination, dernière frontière ?

Si l’intelligence artificielle est fréquemment représentée au cinéma, notamment dans la science-fiction, qui fait souvent d’elle une menace qui se frotte à notre humanité, le passage de l’autre côté de la caméra est très rare mais pas inédit. Il y a quelques semaines, c’était au scénario cinématographique qu’une machine s’était attaquée. L’intelligence Benjamin, conçue par Ross Goodwin, avait écrit le scénario du court-métrage absurde Sunspring, et avait même atteint les phases finales du festival du court-métrage de science-fiction de Londres.

De plus en plus d’ingénieurs s’attaquent à percer les secrets de la créativité, souvent présentée comme l’ultime frontière entre l’Homme et la machine. En littérature, une IA japonaise avait ainsi passé plusieurs étapes d’un concours littéraire avant de s’incliner en finale. En musique, Watson fait montre de sérieux progrès dans le domaine de l’improvisation. Pour ce qui est de l’art visuel, le programme Deep Dream de Google tente d’insuffler une dose de psychédélisme dans vos photos. Tout cela pour dire que l’informatique et l’art ne seront bientôt plus incompatibles.


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