Révélations sur les projets de Magic Leap sur fond de violation du secret professionnel

La très discrète et secrète start-up Magic Leap, qui officie dans la réalité augmentée pourrait bien travailler sur des robots. C’est en tout cas ce que révèle un cas de violation du secret professionnel opposant la société Magic Leap à deux de ses anciens collaborateurs qui en auraient profité pour monter leur propre entreprise.

Magic Leap figure parmi les entreprises les plus sur-cotées autant par les investisseurs que les médias et le public. Épaulée par Google et Alibaba, elle a d’ores et déjà levé plus d’un milliard de dollars de fonds depuis sa création en 2010, mais ne délivre des informations sur ses projets et produits qu’avec une minutie et une timidité sans égal dans le marché de la technologie. Et le plus étonnant, c’est qu’elle ne se trouve pas dans la Silicon Valley mais en Floride.

Fin avril, Magic Leap dévoilait l’une de ses très rares vidéos de présentation. Un coup de publicité qui n’a pas manqué de faire du bruit sur les internets et de récolter un bon nombre de vues pour une entreprise qui n’a encore dévoilé aucun produit mais qui n’oublie pas de communiquer sur sa technologie prétendument révolutionnaire. Une stratégie de teasing qui pourrait à terme lui coûter très cher si le produit n’atteint pas les résultats escomptés.

Mais le 26 mai, Magic Leap a déposé une plainte contre Gary Bradski et Adrian Kaehler, tout deux arrivés à bord en 2013. Gary Bradski n’est nul autre que l’ancien vice-président de la société. C’est un grand ingénieur de la Silicon Valley, il est notamment passé par l’Université de Boston et Robotics Actual et Willow Garage. Quant à Adrian Kaehler, il était vice-président des Projets Spéciaux de Magic Leap, un intitulé de poste qui en dit déjà long sur la place accordée au secret au sein de l’entreprise. Magic Leap a donc déposé une plainte contre ses deux -anciens- collaborateurs devant le U.S District Court for Nothern District of California pour une dizaine de motifs. A commencer par mauvais usage d’informations commerciales confidentielles, complicité de violation du secret professionnel, violation d’un contrat écrit et violation du devoir fiduciaire et de loyauté.

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La société avance que Gary Bradski, ayant signé un contrat de confidentialité et en tant que membre de l’exécutif de Magic Leap était « responsable de et travaillait sur les différents projets confidentiels de Magic Leap, en cours et à venir, y compris les projets inclus dans le Magic Leap’s Proprietary Technologies« . Avant d’ajouter que Braski était bel et bien au courant « des projets qui incluaient des techniques de deep learning et de robotique« . C’est là d’où procède toute la polémique née de cette affaire : Magic Leap travaille non seulement sur des robots mais aussi sur le deep learning et l’apprentissage automatique. Or jusqu’à présent, tout le monde attendait avec impatience le fameux casque de réalité virtuelle, mais personne ne s’attendait à ce que l’entreprise travaille sur de tels projets. Quant à Kaehler, en tant qu’ancien directeur technologique puis des projets à venir, il était tout à fait au courant des technologies en développement, des projets de produits mais aussi de finances de l’entreprise.

Au plaignant d’appuyer le fait qu’en tant que membres de la direction de l’entreprise « Bradski et Kaehler ont collaboré pour créer et développer une nouvelles entreprise, en violation de leur contrat d’emploi« . Et d’ajouter qu’elle accuse les deux nommés d’avoir violé le secret professionnel et profiter de leurs informations sur les projets, les finances et les technologies de Magic Leap pour fonder leur propre entreprise, probablement PerceptIn, accusée de compétition déloyale. A tel point que les deux accusés auraient même prévu d’employer d’actuels salariés de Magic Leap et de travailler sur leur entreprise parallèle de plus au moins un an.

L’affaire promet d’être houleuse et sulfureuse, tant l’enjeu est grand.  Car les deux accusés ne comptent pas se laisser faire. Par l’intermédiaire de leur avocat Jack Russo, ils ont affirmeé que la plainte était diffamante et que tout ce à quoi elle aboutirait sera de lever le voile sur les activités supposées peu recommandables de l’entreprise. Magic Leap aurait tenté de priver ses employés d’un lot d’actions valorisées à plusieurs millions de dollars, sans aucune raison valable, selon l’avocat. D’après lui, cette affaire ne fera que pousser d’autres ingénieurs à quitter le navire pourtant promis à un avenir brillant.

Pour une plongée la plus exhaustive dans l’univers de Magic Leap, consultez l’enquête de Wired Magazine.


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