Sexisme numérique et robots : vers une reproduction de nos stéréotypes ?

La robotique s’inscrit de jour en jour de façon plus présente dans nos vies quotidiennes. Et, de jour en jour, des questionnements apparaissent sur les dangers ou les problèmes soulevés par ce domaine. Ainsi, si beaucoup craignent pour l’emploi ou pour la sûreté de l’humanité, on remarque peu de voix s’interrogeant sur la propagation de stéréotypes de la part des nouvelles technologies.

Pourtant, comme l’écrit Soraya Chemaly, les faits sont bien réels. La preuve la plus simple est l’autocomplétion proposée par le moteur de recherche de Google. Google Instant est un service permettant d’accélérer la recherche en proposant de compléter vos termes de recherche en se basant sur des moyennes de recherche tapées par d’autres utilisateurs. L’année dernière, une étude menée par l’université de Lancaster a conclu que l’autocomplétion de Google crée une chambre de résonance pour les stéréotypes négatifs, aussi bien pour la couleur de peau, l’origine ou le genre. Ainsi, lorsque l’on tape « Les femmes sont-elles », Google nous propose « …vénales », « …chiantes » ou « …moins intelligentes ». Dans les faits, les algorithmes recensent et apprennent des stéréotypes négatifs et les propagent auprès de personnes recherchant des informations sans esprit critique.

Le mois dernier, une analyse a montré que lors de la recherche images du terme CEO (PDG), la plupart des résultats ne montre que des images d’hommes blancs. Même si la plupart des PDG sont des hommes, la proportion d’images de femmes est de 11 % contre 27 % de femmes PDG. Le constat est pire encore si l’on s’intéresse aux algorithmes publicitaires de Google. Ceux-ci font des suppositions énormes selon les centres d’intérêt indiqués. Ainsi, une femme pourra être considérée comme un homme si elle a montré un intérêt pour la technologie et les ordinateurs. Le sexisme est aussi présent dans la recherche d’emploi. Des chercheurs ont créé des centaines de faux comptes dont les caractéristiques étaient les mêmes sauf pour le genre des faux profils. Les publicités pour des postes mieux payés qu’une femme étaient six fois plus nombreuses pour les hommes. Et cela à des niveaux d’expérience, de compétence et d’éducation égaux.

Cette propagation des stéréotypes est également présente en robotique. L’année dernière, des chercheurs de l’université de Bielefeld, Allemagne, ont publié une étude dans laquelle ils démontraient que les humains avaient une vision très androcentrée de la robotique. Ainsi, les robots masculins étaient pensés comme meilleurs pour des tâches techniques, comme la réparation d’appareils, tandis que les robots féminins étaient considérés comme idéaux pour des tâches ménagères ou familiales. LEs robots masculins étaient considérés comme ayant une action sur le monde, c’est-à-dire considérés comme pouvant exercer un certain contrôle sur leur environnement, tandis que les robots féminins étaient perçus comme ayant un caractère communautaire, c’est-à-dire pensant aux autres avant de penser à eux-mêmes.

Ainsi, toujours selon Soraya Chemaly, si la robotique répond à plusieurs problèmes soulevés par notre époque, les chercheurs et constructeurs ne semblent pas avoir compris la possibilité pour la robotique de poursuivre les combats en cours. Pour l’équipe de Bielefeld, les robots pourraient être connus comme des « machines anti-stéréotypes » qui pourraient détruire les conceptions de travail masculin et féminin. Malheureusement, les constructeurs ne semblent pas être passionnés par la question et le futur de la robotique semble plus que jamais androcentré.


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