Le chinois Siasun en quête d’une entreprise de robotique européenne

Le numéro un de la robotique chinoise veut explorer de nouveaux marchés. Pour ce faire, elle compte racheter des entreprises européennes.

L’appétit de loup des sociétés chinoises

Décidément, la Chine offre un étonnant spectacle de rachats de savoir-faires occidentaux. Entre le groupe Midea qui a lancé une OPA sur Kuka, l’italien Gimatic qui tombe aux mains d’Agic Capital et l’intégrateur américain Paslin racheté par Wanfeng Technology, c’est une véritable razzia qu’opèrent les chinois en Occident.

D’un autre côté, la Chine apparaît comme la nouvelle plaque-tournante de la robotique. Car elle ne se contente pas de mettre la main sur des technologies européennes, elle sait en développer. Les exemples de start-ups innovantes qui s’installent en Chine sont de plus en plus nombreux et la capitale chinoise, à l’instar de Paris, a fait de l’innovation son nouveau cheval de bataille. En 2015, le nombre de start-ups fondées à Pékin s’élèverait à plus de 50 000.

Siasun remet le couvert

L’information rapportée par l’agence Reuters fait état d’une volonté d’acquérir une entreprise européenne de la part du géant Siasun. Cette entreprise n’est autre que le leader chinois de la robotique. Son président Qu Daokui a indiqué vouloir augmenter ses ventes en se développant à l’étranger. Pour le moment, cette compagnie fondée en 2000 n’opère que dans 13 pays, mais elle entend bien étendre son champ d’action. Pour ce faire, rien de tel que de mettre la main sur un acteur déjà établi et qui servirait de point d’ancrage dans la région.

« Nous avons déjà une équipe européenne. Ils cherchent des entreprises de robotique, d’électronique etc. Ils veulent acheter » a-t-il déclaré, droit au but.

Son objectif ? Faire passer la proportion des ventes à l’étranger de 20% des ventes total à plus de 40%. Un revirement stratégique qui en dit long sur l’état de l’économie chinoise qui subit un fort ralentissement ces dernières années. Si le gouvernement fait tout pour moderniser son industrie et ainsi tenter de rivaliser avec les sociétés occidentales en termes de productivité et de qualité, le ralentissement de l’économie devrait freiner les velléités d’automatisation du pays.

Un marché de plus en plus concurrentiel

Le récent licenciement d’un grand nombre d’employés chez Foxconn, sous-traitant d’Apple en Chine, avait eu un fort retentissement dans les médias du monde entier. Pour autant, la Chine est à la peine en terme d’automatisation. Si le nombre de robots installés dans le pays a dépassé les 60 000 unités en 2014, avec une hausse de 56% par rapport à 2013, la Chine ne compte en réalité que 36 robots pour 10 000 ouvriers. Ce qui la classe très loin derrière la Corée du sud et ses 500 unités pour 10 000 ouvriers, ou même le Japon et l’Allemagne qui avoisinent les 300 unités.

prévisions croissance robotique chinoise

Le géant de Shanghai a su profiter de ce créneau pour robotiser le pays, dont les modèles faits maison représentent désormais le tiers des ventes en Chine. Avec une capitalisation de 6 milliards de dollars et un chiffre d’affaires de 256 millions de dollars, Siasun s’est taillé la part du lion. Mais le numéro un n’est pas le seul à avoir flairé le bon coup et la concurrence se fait de plus en plus rude. D’après Qu, le prix des machines industrielles chuterait de 5% chaque année. « Ces 3 à 5 dernières années, de nombreuses entreprises ont vu le jour, peut-être 800. C’est beaucoup trop » a-t-il expliqué, « la compétition est devenue féroce, très féroce« .

Aussi, avec un marché de plus en plus bouché et une économie sur la descente, le patron de Siasun n’a vu d’autre option que de se tourner vers les marchés étrangers, pourtant très concurrentiels. Car si les entreprises chinoises commencent à investir le marché occidental, non seulement la concurrence va exploser, mais les chinois auront, en plus, fort à faire pour se tailler une bonne réputation. Face au savoir-faire allemand et à la technologie américaine, le pari semble tout aussi risqué.

Les pieds sur terre, le président de Siasun a lui-même reconnu qu’il serait difficile de concurrencer des acteurs d’un autre niveau comme Kuka, ABB, Fanuc et consorts. Mais il demeure confiant. Et on ne peut pas lui en vouloir. Siasun compte désormais des clients de haute volée comme General Motors, Ford et Schneider Eletric, avec qui il construit des usines 4.0. Le patron espère tirer son épingle du jeu en se concentrant sur la robotique mobile et collaborative qui n’est pas encore pleinement installée dans les usines. Là encore, la concurrence sera impitoyable, car tous les constructeurs précédemment cités se démarquent justement par leurs innovations en terme de cobotique. Son autre marché, ce sera celui de la robotique personnelle et médicale, pour laquelle il a développé « une certaine expertise grâce au vieillissement de la population chinoise » affirme-t-il.

Conscient de l’état économique actuel de la robotique, le patron de Siasun n’a pas hésité à prévenir que de nombreuses entreprises chinoises seraient contraintes de mettre la clé sous la porte. Avant d’ajouter que cette rude concurrence empêche Siasun de financer convenablement la R&D.


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