Remue-ménage chez SoftBank : le numéro 2 quitte le navire

A la surprise générale, Masayoshi Son, le fondateur emblématique de SoftBank, a annoncé conserver les rênes de son empire pendant au moins cinq ans. Son projet ? Atteindre la Singularité.

Remplissage des coffres

Le géant japonais des télécommunications est en plein remaniement de ses activités. Avec plus de 100 milliards de dollars de dettes, le groupe s’est lancé dans une profonde procédure de ménage. Fin mai, le japonais cédait 4,2% de ses parts au chinois Alibaba, pour une valeur de 7,9 milliards de dollars (mais détient en toujours 28%). Une vingtaine de jours plus tard, SoftBank revendait l’éditeur de jeu-vidéo SuperCell, à l’origine de Clash Of Clans, our un montant s’élevant à plus de 8,6 milliards de dollars. Déjà propriétaire de Riot Games, éditeur du jeu le plus joué de la planète, League of Legends, le groupe chinois Tencent empoche la mise et consolide ainsi son règne sur la scène du jeu-vidéo.

démission nikesh arora de Softbank

Démission du numéro 2 de SoftBank

Masayoshi Son a fondé l’opérateur de télécommunications en 1981. Depuis, il est à la tête d’un véritable empire et a pris les devants de SoftBank, SoftBank Mobile, et siège au conseil d’administration de Sprint. Selon le classement Forbes, il serait actuellement le second homme le plus riche du Japon – derrière le patron d’Uniqlo – avec une fortune estimée à 15 milliards de dollars et ce malgré une lourde perte, la plus grande de l’histoire, estimée à 70 millions de dollars lors de l’éclatement de la bulle internet en 2000. Cela ne l’a pas empêché de sortir la tête de sous l’eau et de reprendre la barre du vaisseau amiral SoftBank.

Mais en 2010, la compagnie organise un concours pour succéder au poste de patron de l’Empire Softbank. Un concours auquel avait participé Kaname Hayashi, inventeur du robot Pepper, qui a depuis, lui aussi, quitté le navire Softbank en septembre 2015 et vient tout juste d’annoncer la création de sa nouvelle entreprise, Groove X.

Mardi 21 juin, on apprenait la démission surprise de Nikesh Arora, numéro 2 du groupe qui était pourtant perçu comme le digne successeur de M. Son. Celui-ci était emplâtré dans un scandale interne qui avait rapidement été monté en épingle. Nikesh Arora était accusé par les actionnaires de possibles conflits d’intérêts. Allégations très vite démenties par un communiqué du comité spécial d’administrateurs du groupe SoftBank.

Ancien cadre exécutif repéré et révélé par Google, où il y a passé dix ans, Nikesh Arora avait rejoint SoftBank en 2014 avant d’être promu bras droit de M. Son deux années seulement après son arrivée. M. Son avait même publiquement fait part de son soutien à Nikesh Arora pour prendre les rênes de l’empire des télécoms à ses 60 ans, soit dans deux ans. Et pourtant, mardi toujours, le PDG retourne sa veste, et de déclarer qu' »il était sans doute trop jeune pour renoncer à son poste de président, escomptant bien diriger encore son entreprise pendant cinq ou dix ans« . En cause ? L’insatisfaction des actionnaires face aux actions du numéro 2, en charge des investissements stratégiques du groupe, mais aussi de Sprint. Désillusionné, l’ex ingénieur de Google, jadis promis à un avenir radieux, a tout bonnement décidé de claquer la porte de SoftBank et de renoncer à ses 200 millions d’euros annuels de salaire.

Masayoshi Son en maître incontesté

Débarrassé de son héritier, Masayoshi Son fait à présent cavalier seul et peut reprendre la direction du groupe. Le lendemain de la démission (éviction ?) d’Arora, l’avenir de l’entreprise semblait déjà tout tracé. C’est l’intelligence artificielle qui constituera le nouveau cheval de bataille de SoftBank. Concurrencé dans ce domaine par Toyota Motors, qui enchaîne les initiatives pour lancer pleinement le développement de cette technologie, Masayoshi Son ne semble pas vouloir se laisser dépasser…

C’est à l’occasion d’une réunion des actionnaires que le PDG en a profité pour dérouler ses plans : « je pense que nous sommes sur le point d’assister au plus grand changement de paradigme de l’histoire de l’humanité« . Le patron japonais brise un tabou jusqu’ici très solide en dehors de la Silicon Valley, en promouvant une technologie salvatrice et sur-puissante : « la Singularité approche. L’intelligence artificielle dépassera les hommes, non pas en termes de savoirs, mais d’intelligence. Elle arrivera avant la fin de notre siècle« .

La Singularité rappelons-le, est un concept cher aux plus fervents transhumanistes tels que Ray Kurtzweil. Elle correspond au moment où la machine dépasse l’Homme. C’est le point de non-retour où l’Homme devra composer avec une machine qu’il a lui-même engendré mais le supplante par son intelligence.

C’est un coming out scientifique et philosophique que nous propose Masayoshi Son en endossant ce concept controversé. Car selon lui, la singularité est inévitable et elle contribuera à l’émergence d’un « monde sans barrières de la langue. Un monde où nous pourrons lire dans l’avenir, où les hommes pourront vivre un âge plus prospère« . Sans détours, c’est une nouvelle vision stratégique et sociétale qu’il adopte pour son entreprise.

Grâce à son robot Pepper et à ses futures inventions, il est convaincu que SoftBank jouera un rôle clé dans cette révolution technologique et il semble est prêt à tout pour y arriver : « dans les 30 prochaines années, les robots, l’IA et l’internet des objets seront sans aucun doute notre priorité« .

Pour conclure et tirer au clair l’affaire du départ de Nikesh Arora, le patron japonais ajoute que c’est son enthousiasme pour la Singularité qui l’a poussé à revoir ses plans de retraite : « J’ai des affaires qui sont encore en suspens. Je souhaite poursuivre la Singularité pendant encore au moins 5 ans« .

EDIT [20/07/2016]

On sait à présent ce que le patron de SoftBank voulait faire des flux d’argent dégagés dans sa trésorerie. Le 19 juillet, le Financial Times rapportait que SoftBank mettait la main sur le britannique ARM pour la bagatelle de 32 milliards de dollars. A raison de 17 euros l’action, soit une hausse de 43% par rapport au cours normal, explique KultureGeek.fr. ARM est un leader de la fabrication de puces électroniques et semi-conducteurs pour mobiles. Opérateur de téléphonie et roboticien, on peut s’attendre à ce que le groupe japonais se lance dans la course à l’internet des objets grâce à cette nouvelle acquisition majeure. Une belle réponse aux ambitions affichées par son rival Sony, dont le secteur semi-conducteurs est l’une des principales vaches à lait et qui se lance de nouveau dans la robotique.


Laisser un commentaire