Sony veut concilier savoir-faire électronique et projets en robotique

Au cours d’une réunion stratégique annuelle, le géant de l’électronique japonais a réorienté sa stratégie commerciale vers le jeu-vidéo et la robotique, branches d’avenir.

Pertes, profits et prévisions

Après plusieurs années de pertes, liées notamment à l’effondrement de sa branche de capteurs d’images, le géant de l’électronique japonais tente de renouer avec la croissance. Pour cela, rien de tel que de se relancer dans la course aux technologies de la grande consommation.

Au salon international du jeu-vidéo le plus populaire de la planète, l’E3, Sony, comme la plupart de ses concurrents, en a profité pour présenter ses tout nouveaux produits spécialisés dans la réalitié virtuelle, grande thématique de l’édition 2016. Au premier rang de ses produits, son modèle phare : la PlayStation VR.

Une annonce qui refait une santé au groupe puisque dans sa note de révision de prévisions de ventes, il a largement revu à la hausse le chiffre d’affaire anticipé pour sa section jeux-vidéos (passant de 1600 milliards de yen à 1900 milliards, environ 13 milliards d’euros) et une marge opérationnelle quasiment doublée. Lors d’une réunion stratégique, le CEO de Sony, Kaz Hirai, aurait même fait de la VR l’un des prochains axes principaux de développement de l’entreprise qui voit un avenir prometteur pour cette toute nouvelle technologie.

A l’inverse, le secteur des capteurs images, qui constitue l’un de ses principaux générateurs de revenus, est à la peine. Le chiffre d’affaire réalisé dans ce domaine a donc été revu à la baisse, passant de 1250 milliards de yens à seulement 830 (estimations hautes) avec une marge opérationnelle passant de 12% à 8%. Ce ralentissement notable serait lié à la concurrence du marché, à l’essoufflement des ventes de smartphones ainsi qu’à la fermeture d’une de ses usines de capteurs d’images à cause d’un séisme dans la région de Kumamoto.

Les sentiers de la croissance

Pour retrouver le rythme de la croissance, le géant japonais a décidé de se relancer pleinement dans l’un de ses cœurs de métier : la robotique. Longtemps restée dans la tourmente, la branche robotique du groupe n’a jamais vraiment abouti. Depuis son célèbre chien Aibo, le japonais a enchaîné les échecs. Entre Rolly, le lecteur de musique en forme d’œuf et Qrio l’humanoïde, les aventures de Sony dans la robotique avaient tout sauf l’air d’une promenade de santé. Pourtant, en 2014, on découvrait avec surprise un brevet déposé au registre américain pour un nouvel humanoïde très largement inspiré de Qrio.

Alors que l’intelligence artificielle reprend doucement sa place au cœur de la recherche informatique, le géant de l’électronique a choisi de renouer avec cette science qu’elle avait délaissé depuis quelques années, du moins en apparence. En apparence car, le mois dernier, Sony rachetait Cogitai, une jeune start-up américaine spécialisée dans l’IA. Une bonne façon pour le numéro un de la console de jeux-vidéo de tenir tête à ses compatriotes qui s’investissent également de plain-pied dans ces nouvelles technologies. A commencer par Toyota Motors qui investira 5 milliards de dollars dans son laboratoire Toyota Research Institute au cours des cinq prochaines années et dont la technologie de voiture autonome devrait aboutir avant 2020. Du côté de SoftBank, la démission de son numéro 2 puis la reprise en main par son leader historique Masayoshi Son, présage une stratégie particulièrement tournée vers le développement de l’intelligence artificielle et l’atteinte de la Singularité.

La stratégie de Sony s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle ligne directrice pour l’entreprise qui s’appuie désormais sur une gestion managériale « privilégiant la rentabilité au volume d’affaires » et qui accorde « à chaque secteur d’activité une plus grande autonomie et une attention particulière portée à ses actionnaires« .

Création d’une nouvelle division robotique

A l’occasion de la réunion stratégique annuelle du groupe, le CEO a annoncé la création d’un centre tout spécialement dédié à la robotique au sein même de Sony Corporation, ouvert depuis le mois d’avril. Dans sa note de prévision, le groupe affirme vouloir « combiner ses forces existantes dans les technologies vidéo et audio avec les domaines de la robotique et de l’intelligence artificielle« .

Parmi les projets déjà en route dans ce domaine, on peut trouver les objets connectés Xperia lancés en début d’année ou les solutions de drones de sa joint Venture Aerosense.

Mais l’annonce la plus étonnante et la plus inattendue, c’est sans aucun doute celle d’un nouveau robot « capable de créer un lien émotionnel avec les clients, en inspirant l’amour et l’affection« . Un projet bien ambitieux qui ne surprend pas tellement, tant la mode est à la robotique personnelle et prétendument émotionnelle ces derniers temps, surtout dans un pays qui a longtemps noué des relations intimes avec ses machines, au point d’organiser des funérailles pour certaines d’entre elles… Par ailleurs, le père de Pepper -robot présenté comme le premier à pouvoir comprendre les émotions humaines- travaille déjà sur un modèle supposé lutter contre la solitude avec sa nouvelle entreprise Groove X.

Son objectif affiché est de « proposer de nouveaux business models qui intégreront des hardwares et des services pouvant fournir des expériences émotionnellement irrésistibles« . En clair, Sony cherchera de nouvelles applications pour les technologies de la robotique et de l’intelligence artificielle afin d’améliorer toujours plus l’expérience utilisateur et susciter l’intérêt.

Et pour accélérer ce processus, le groupe prévoit de créer un fonds d’investissement en juin qui accompagnera les start-ups qu’il a sélectionné pour atteindre ces objectifs, et créer un éco-système plus ouvert pour accueillir l’innovation et favoriser la R&D.


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