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Sportifs connectés : champions et amateurs sous haute-surveillance

Champions et amateurs : des sportifs connectés sous haute-surveillance

« Les données, c’est comme le vin, il faut savoir les stocker au bon endroit, et elles prennent de la valeur avec le temps. Mais contrairement au vin dont il ne reste rien une fois que vous avez ouvert la bouteille et bu, les données, elles, elles restent. » Roberto Siagri (Eurotech).

“Les sportifs sont-ils condamnés à devenir des banques de données ?” C’est la question que s’est posé le magazine FUTUREMAG dans son dernier reportage “Sport, à la recherche du geste parfait” et à laquelle ont tenté d’y répondre des experts du monde sportif et des objets connectés au Tremplin à Paris ce samedi 5 septembre, lors d’une table ronde organisée par FUTUREMAG et La Netscouade.

Chaque jour, des millions d’applications et d’objets connectés récoltent des milliards de données sur leurs utilisateurs. Nombre de calories brûlées, de kilomètres parcourus, rythme cardiaque… Votre smartphone sait tout de vous. De la vague du quantified self chez les amateurs, à la quête du geste parfait pour les athlètes de haut niveau, tous restent confrontés au même problème : celui de la protection des données. Petit tour d’horizon des pratiques liées au sport et aux objets connectés.

Les nouvelles technologies au service du sport

Le quantified self : le partage volontaire de ses données sportives

Le quantified self désigne l’ensemble des pratiques permettant de mesurer et de comparer des variables sur son mode de vie, ses performances sportives, son sommeil ou encore sa nutrition. Dans le domaine du sport, le running est le plus représentatif de ce phénomène et a une longueur d’avance avec le développement des bracelets de tracking d’activité. Selon leurs prix, ils permettent de mesurer des données des plus classiques (rythme cardiaque, vitesse, respiration) aux plus poussées (niveau d’oxygène dans le sang, et bientôt température des muscles).

Les applications et objets connectés se conjuguent souvent avec le partage des performances sur les réseaux sociaux. Le sport et les technologies de l’e-santé ont la particularité de construire des communautés d’utilisateurs aux liens sociaux très forts. Les données sont le meilleur coach et le partage des statistiques la meilleure façon de s’encourager mutuellement.

Mais si au niveau amateur les objets connectés répondent donc davantage à une logique de développement personnel, pour les professionnels du sport ils participent à une véritable culture de la performance et une recherche de l’excellence.

Des objets pour améliorer ses compétences

Des champions à la recherche du geste parfait

Depuis quelques années déjà, les objets connectés partagent le quotidien des sportifs de haut niveau. A l’entraînement, ils apportent un œil impartial et des données objectives pour améliorer un geste et atteindre la perfection. Sarah Daninthe, deux fois championne du monde d’escrime, explique : « Quand on sait que la victoire peut se jouer à quelques millièmes de secondes, chaque outil est bon pour améliorer ses performances ».

En compétition, ils permettent une analyse après-match plus pointue. Dès 2013, Raphaël Nadal a lancé le mouvement avec sa raquette intelligente signée Babolat. Celle-ci enregistre le nombre de coups droits, de revers, leur puissance, etc. Cette année, la moitié de l’équipe de France de football et un tiers du XV de France portent des capteurs connectés de la start-up française Mac Loyd. Ils permettent autant de localiser les joueurs sur le terrain avec un signal GPS que de repérer une faiblesse dans la jambe d’un sportif et prévenir une potentielle blessure.

Les data scientists sont les nouvelles recrues de ces équipes de professionnels et traitent soigneusement et mathématiquement des millions de données dans le but de trouver la recette de la victoire. Mais est-ce que ces objets ne dénaturent pas le sport ? D’après Sarah Daninthe, il faut surtout parler d’une évolution. Et malgré tout, pour ces sportifs bardés de capteurs, il est nécessaire de savoir retourner aux sensations classiques de l’entraînement. On ne peut pas pour autant réduire la performance humaine à des chiffres, elle est bien plus complexe.

Des sportifs attentifs aux détails

La protection des données : is Big Brother watching you ?

Comme beaucoup de sportifs de haut niveau, Sarah Daninthe reste méfiante sur ces véritables aspirateurs de données : « Il est certain qu’à un an des JO de Rio, j’arrêterai de me connecter à des applications comme Runastic. Je ne préfère pas prendre le risque de donner des informations à mes concurrents, on ne sait jamais où partent les données ».

En effet, à qui appartiennent t-elles ? La législation est encore floue et deux visions s’affrontent. Pour certains, elles sont la propriété du constructeur de l’objet connecté. Pour d’autres, elles sont personnelles et reviennent à chaque utilisateur. Adidas a récemment racheté l’application de fitness à succès Runastic. Nike a développé sa propre communauté en ligne. Pourquoi ? Parce que les milliers de données qu’ils récupèrent après chaque entraînement leur permettent de mieux comprendre leurs clients et d’adapter leurs produits.

Les conventions internationales précisent que les hébergeurs de données doivent se conformer à la législation des pays dans lesquels ils sont implantés… Ce qui laisse une grande marge de manœuvre aux nombreuses sociétés situées en dehors de l’Europe, là où les règles sont plus souples. De plus, s’il existe des conditions très restrictives sur l’utilisation des données personnelles de santé, les informations liées au sport sont considérées comme relevant du « bien-être » et échappent à une législation plus contraignante.

D’après une étude du cabinet Juniper Research, le marché du sport connecté devrait atteindre près de 18 milliards de dollars d’ici 2018. Il est à parier que dans un domaine aussi concurrentiel, seuls survivront ceux qui sauront apporter de réelles garanties quant à la sécurité des données, en gagnant ainsi la confiance de nos athlètes et des amateurs.

Les nouvelles technologies et le sport, une histoire de connexion

Crédits photo : Biftech, Escrime-eupen.be, Femme Actuelle, Mindtrek, Objetsconnectes.net

Marlène Moreira (@mrlnmoreira)
Ex-Aldebaran et passionnée d’innovation et de robotique.


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