Toyota : ses recherches sur l’intelligence artificielle rentables dès 2020

Gill Pratt, le directeur du Toyota Research Institute a affirmé lors d’une conférence de presse que les travaux du centre de recherche japonais sur l’intelligence artificielle seraient rentables d’ici 2020.

L’intelligence artificielle, fer de lance du Toyota Research Institute

Lors de la dernière grand-messe de la technologie, le CES Las Vegas, le Directeur Général de l’Institut de la Recherche de Toyota annonçait déjà la couleur. Le numéro un mondial de l’automobile recrutait alors une équipe de direction technique spécialisée dans l’intelligence artificielle. Scientifiques et ingénieurs allaient désormais travailler de pair pour permettre au japonais de conserver sa place de leader. Avec un milliard de dollars de fonds par an, l’équipe a été chargée d’améliorer la sécurité des véhicules avec pour objectif idéal de créer la voiture accessible à tous et qui ne puisse causer aucun accident.

Autant dire une voiture dépourvue de conducteur humain. La mission de cet institut lors de sa création en 2015 ? Contribuer à faire converger la recherche fondamentale et le développement produit. Autrement dit : faire avancer la recherche de manière à ce qu’elle débouche sur quelque chose de concret, et de vendable. Et pour y parvenir, Toyota n’a eu peur de le cacher, ce sera grâce à des « techniques issues de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage automatique« . Gill Pratt en personne confiait sa vision de l’avenir : « si les technologies essentielles à l’amélioration de la mobilité humaine sont traditionnellement de nature matérielle, l’aspect logiciel et les données informatiques prennent une importance croissante« . La mission que s’attribue le constructeur automobile n’est pas mince : « nous sommes convaincus de pouvoir améliorer sensiblement la qualité de vie de tous âges et dans tous les aspects du quotidien« .

Pour y arriver, le japonais est prêt à tout

Pour accélérer la recherche, Toyota annonçait la création de deux nouveaux centres de recherche, à Palo Alto (Silicon Valley) et à Cambridge (Massachussets), en partenariat avec Stanford et le MIT, rien que ça ! Avec ses deux centres ouverts en janvier, et sa trentaine de projets lancés, Toyota se lance de plain-pied dans la course à la voiture autonome. En Mars dernier, le groupe signait un nouveau partenariat avec Jaybridge Robotics, une petite compagnie spécialisée dans l’automation, jusqu’à présent de véhicules de chantier. Cette petite entreprise a en effet prêté main forte à Toyota en envoyant son équipe d’ingénieurs logiciels. Soit 16 nouveaux ingénieurs qui disposent d’une expertise technique mais également pratique. Une nouvelle manière pour le japonais de « faire le pont entre la recherche et le développement de produits« . Car cette équipe dispose d’une expérience de plusieurs décennies dans le développement et le test de véhicules autonomes. De quoi accélérer le plan de Toyota, en sautant la case développement de talents, et en s’attribuant directement un savoir-faire.

Pour sa filière recherche, le géant a promis une enveloppe de plus de 45 millions d’euros sur les cinq prochaines années. A cela, il faut également revenir sur le nouveau Directeur du TRI, Gill Pratt. Celui-ci n’est nul autre que l’ancien Directeur de la division robotique de la DARPA. C’est lui-même qui s’était fait l’architecte du célèbre Darpa Robotics Challenge. En même temps que la création de son TRI, Toyota mettait la main sur le docteur Pratt, lançant les hostilités sur le mercato des grosses têtes de l’intelligence artificielle que les grands groupes s’arrachent à grands renforts de billets verts : parmi lesquels Andy Rubin, Yann LeCun ou Ray Kurzweil.

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Une technologie rentable sous cinq ans

« Je suis confiant que nous arriverons à réaliser des avancées majeures dans les cinq prochaines années » a indiqué Pratt à la presse. Gill Pratt a une nouvelle fois appuyé la stratégie dans laquelle le groupe s’est engagé en début d’année. Le patron du TRI a émis l’idée que les technologies développées par ses centres de recherche devraient être rentables d’ici cinq ans. Comprendre, Gill Pratt voit déjà des voitures autonomes ou quasi-autonomes sur les routes à l’horizon 2020.

Car l’échéance principale, ce sont les JO de Tokyo de 2020. Le japonais veille à ne pas rater le coche et compte bien profiter de cette vitrine internationale pour organiser les premières démonstrations de ses véhicules autonomes. Derrière l’effet d’annonce, exercice d’équilibriste très commun dans la Silicon Valley et qui consiste à rassurer les investisseurs tout en ne promettant pas des objectifs déraisonnables, Pratt ouvre une brèche sur l’industrie automobile du futur, mais surtout sur la mobilité du futur. Une mobilité repensée qui bouleversera nos modes de vie.

Ce que vise pour le moment le constructeur, ce n’est pas une voiture complètement autonome, mais plutôt un « ange gardien » qui se contentera « d’appuyer sur les pédales d’accélérateurs ou de freins et de tourner le volant en même temps que vous« .

Mais pour rentrer dans les objectifs, le constructeur a dû très rapidement revoir son plan quinquennal qui passe de 45 millions de fonds annuels à un financement d’un milliard de dollars sur les cinq ans à venir, soit 750 millions de plus que prévu. Car, fin mai, c’est son frère ennemi Honda qui annonçait en grande pompe la création de son propre organe de recherche sur l’intelligence artificielle ainsi que deux concepts de véhicules futuristes. Et les japonais ne sont pas les seuls. La concurrence est de plus en plus rude. S’il y a quelques années, un Google faisait l’échappée solitaire en se lançant massivement dans cette technologie, aujourd’hui, la majorité des constructeurs automobiles ont rejoint la course. Ford, Volkswagen, General Motors qui a récemment acquis Cruise Automation, le chinois LeEco qui dévoilait son concept-car au Salon de l’auto de Pékin, la liste est longue… Toyota a donc décidé de tout faire pour tenir son rang.

Y compris à racheter Boston Dynamics

Depuis les révélations sur les intentions de Google de lâcher le controversé laboratoire issu du MIT, de nombreuses rumeurs courent les rues, et sur le net. Dont une certaine offre de rachat par le géant japonais. A la surprise générale, Google avait annoncé vouloir se séparer de Boston Dynamics, racheté trois ans plus tôt pour un montant gardé secret. En cause ? Les dissensions en interne sur la rentabilité de l’entreprise et le tollé médiatique et public lors de la publication d’une vidéo sur Atlas, le robot bipède le plus avancé du marché. Dans cette vidéo, on pouvait voir Atlas marcher avec une allure très anthropomorphe et incroyablement fluide, ce qui n’a pas manqué de réveiller les craintes d’un « grand remplacement » d’un nouveau genre…

Si Toyota s’intéresse aux savoir-faire de Boston Dynamics, ce n’est pas un hasard. Au cours de cette fameuse conférence de presse, Pratt a émis l’idée que le constructeur japonais se voyait déjà un possible fournisseur de robots en tous genres, et notamment des machines pour assister la population vieillissante de l’archipel. Intérrogé sur la possibilité de voir Toyota produire des robots domestiques, le patron du TRI a répondu : « cela fait partie des pistes que l’on explore« . Néanmoins, il a refusé de commenter les rumeurs concernant l’ouverture de pourparlers entre Toyota et Google sur le rachat de Boston Dynamics et de Schaft, un autre projet en robotique du géant américain.


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