L’Allemagne, déjà prête à légiférer sur la voiture autonome

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Le gouvernement allemand prévoit de légiférer sur les voitures autonomes. Le but : déterminer qui de la machine ou du conducteur sera tenu pour responsable.

La voiture autonome entre promesses et défis

Alors même qu’un des véhicules de Tesla Motors connaissait son premier accident mortel, la polémique autour de la sécurité et de la sûreté de ces engins d’un nouveau genre est repartie de plus belle. Car si la voiture autonome est toujours présentée comme le meilleur remède face à la faillibilité des conducteurs humains (3 464 personnes sont mortes sur les routes de France en 2015, et plus d’1,2 millions dans le monde selon l’OMS), beaucoup se méfient de son logiciel et notamment de la responsabilité du véhicule.

A qui imputer la responsabilité de l’accident ? Au conducteur ou au logiciel et donc au constructeur ? Là encore, beaucoup répondent que ce sera naturellement au logiciel et à ses algorithmes puisque c’est lui qui prendra les décisions dans les faits. A commencer par la National Highway Traffic Authority qui avait indiqué à Google que ce serait son logiciel qui serait mis en cause en cas d’accident. Une première que réclamait vigoureusement la compagnie et qui ouvre grand les portes d’une future commercialisation de ces machines.

D’autres dilemmes sont régulièrement mis au jour par différents chercheurs et juristes. Le mois dernier, des sociologues et ingénieurs avait dévoilé leurs travaux sur un dilemme cornélien : celui de la moralité des machines. Car oui, on peut insuffler un semblant de moralité dans un programme informatique, selon la façon dont sont conçus les algorithmes. Un article du MIT Review approfondissait d’ailleurs ce sujet en écartant tout espoir d’objectivité dans les programmes informatiques qui seraient biaisés par leurs concepteurs, volontairement ou non. L’équipe de chercheurs en question a donc mis sur la table un dilemme simple à comprendre mais incroyablement complexe à résoudre : en cas d’accident inévitable, le véhicule doit-il sauver son passager ou bien les piétons ? Autrement dit, la voiture autonome doit-elle privilégier la vie de son propriétaire ou celle du plus grand nombre ? Malheureusement, ils ne proposent pas de réponse, car la question fait justement débat. La réponse devra probablement venir d’une décision politique et consciente de la part de la société.

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L’Allemagne commence à trancher

Le Bundestag commence à s’intéresser de près aux véhicules autonomes et pourrait très vite légiférer. C’est du moins ce qui ressort d’un rapport dont la teneur a été communiquée à Reuters.

Nos voisins allemands comptent parmi les plus grands groupes automobiles de la planète : Volkswagen en tête avec des parts chez Seat, Skoda et Porsche. Mais outre-Rhin les perspectives d’avenir de la voiture autonome en séduisent plus d’un. Avec des Bosch, Audi (VolksWagen), Mercedes et BMW, qui a récemment dévoilé son prototype de sportive semi-autonome, le pays se classe non seulement parmi les principaux constructeurs d’automobiles, mais surtout parmi ceux qui construisent des modèles haut de gamme qui se vendent très bien dans les pays émergents comme la Chine. A l’image d’une Tesla Model S, il ne semblerait pas fou qu’une berline allemande toutes options, soit également équipée d’un système de navigation autonome ou semi-autonome.

Si le constructeur Volkswagen n’aura pas à s’affranchir d’une lourde amende dans le cadre de l’affaire des moteurs truqués qui avait bousculé le monde établi de l’automobile, il lui faudra probablement équiper ses futures voitures autonomes d’une boîte noire. C’est ce que révélait le ministre allemand des transports, à l’agence de presse Reuters.

Le parlement allemand prévoit donc déjà de légiférer pour contraindre les constructeurs à intégrer dans chaque véhicule autonome un genre de boîte noir comme on en trouve dans les avions. Objectif ? Déterminer justement à qui imputer la responsabilité d’un accident. Car, si dans le cas de la Google Car, l’absence totale de volant et de pédales absout de fait le passager de toute responsabilité, la plupart des véhicules qui entreront sur le marché commenceront d’abord par héberger des fonctions de conduite semi-autonome. Aussi, pour la justice et les assurances, il faudra nécessairement pouvoir déterminer les causes exactes de l’accident, et de déterminer le degré de participation du logiciel et du conducteur dans le triste événement. Si l’on prend le cas de l’accident de la Tesla survenu début juillet, le conducteur était en train de regarder un film au moment de l’accident. Bien que le logiciel ait indubitablement failli, Tesla déclare être très explicite au moment où l’on active l’auto-pilote. Un message apparaît pour prévenir que la voiture n’est en aucun cas autonome et que le conducteur doit toujours garder ses mains sur le volant. Ici, il est donc évident que le logiciel et le conducteur sont en partie responsables de l’accident.

Et si l’on s’en tient aux premières informations données par Alexander Dobrindt, les recommandations émises par le gouvernement seront du même acabit. Selon la proposition du ministre, les automobilistes ne devront pas nécessairement rester vigilant à la signalisation et au traffic routier mais devront toujours rester assis à la place du conducteur et être en mesure de réagir immédiatement en cas de pépin.

La boîte noire devra ainsi déterminer quand et comment le conducteur a pris la direction du véhicule, et quand et comment le logiciel a demandé au conducteur de la prendre et ainsi de suite. Le but étant toujours de pouvoir distinguer la part de responsabilité de chacun. Face à la multiplication des projets de voitures autonomes, avec notamment la création chez Audi d’une filiale dédiée exclusivement à cette technologie, les autorités allemandes semblent relativement pressées. La proposition de loi devrait être envoyée sous peu aux autres ministères pour être acceptée au cours de l’été, avant d’être débattue au Bundestag.


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  1. auric

    imaginez une panne ou déréglement du syst.!... et sans compter le prix, ni la pompe a fric de l'éléctronique qui ne coutera presque rien-ou camelote chinoise- et facturée fort!!

  2. Berlherm

    Si le conducteur doit à la fois surveiller la route et surveiller la bêtise du logiciel qui pilote, je ne vois pas l'intérêt du pilotage semi-autonome.

    Vous fabriquez un robot, il est sensible, conscient d’exister en tant que robot, un jour il fait une erreur, et vous lui dites de ne pas recommencer sinon il va à la casse... Le robot va demander à son créateur humain, s’il est responsable du logiciel, et s’il possède un libre arbitre, et s’il en possède un, de lui décrire l’algorithme du libre arbitre.

    Quand vous aurez créé une IA pour vous servir comment pourrez-vous à la fois justifier la demande d’éthique de sa part et votre manque d’éthique envers elle ? Si elle est une véritable IA comment justifierez-vous son asservissement puisque vous l’aurez faites capable de comprendre les mêmes choses que vous et donc ses propres questions existentielles dont elle aura tôt fait de débusquer les incohérences ?